Éditorial : L’Espagne entre en lice

Mounir Erramach nie tout en bloc. Dans l’entretien rapide qu’il a accordé au journaliste d’ALM le mardi 23 décembre au sein même de la Cour spéciale de justice à Rabat au terme de la deuxième audience, le trafiquant de drogue déchu prétend n’avoir jamais accusé les hauts responsables d’État ( policiers, magistrats, douaniers) poursuivis dans le cadre de cette affaire pour complicité et corruption. Les déclarations catégoriques de l’intéressé s’inscrivent certainement dans le droit fil d’une stratégie de défense dictée par ses avocats. Jouer les victimes de l’on ne sait quelle machination politique pour jeter le doute sur l’ensemble du dossier . M. Erramach annonce ainsi la couleur de ce que sera son attitude lors du démarrage de son audition par les juges. “ Je suis innocent. Je n’ai corrompu personne. Je n’ai pas soudoyé les responsables de l’État qui comparaissent avec moi en tant que coaccusés. On m’a fait dire des choses que je n’ai pas dites“. Cette stratégie lui permettra de mieux se défendre dans l’espoir sinon d’être acquitté du moins de s’en tirer avec une peine minimale. Dans ce dessein, le baron de Tétouan a déployé les gros moyens en s’attachant les services d’un avocat espagnol de renom. Marcos Garcia Montes a obtenu il y a quelques mois l’acquittement d’une de ses clientes, Rocio Vaninkhof, lors d’un procès retentissant. Celle-ci a été accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie et voisine du nom de Dolores Vasquez. La présumée coupable a bénéficié de la liberté alors que toutes les preuves étaient contre elle. En faisant appel à ce professionnel du barreau, M. Erramach espère ainsi être acquitté. Avec l’entrée en lice de M. Garcia Montes, l’affaire Erramach prend une nouvelle tournure qui laisse présager une politisation à outrance du procès. Citoyen marocain né à Sebta, Erramach met en avant sa nationalité espagnole. C’est en ressortissant espagnol qu’il se conçoit et non en Marocain. Il ne lui manque plus que d’affirmer qu’il n’a rien à voir avec le Maroc et qu’il n’est pas trafiquant de stupéfiants. D’ailleurs, la plupart des barons de la drogue du Nord du pays même lorsqu’ils ne sont pas nés en territoire espagnol s’arrangent pour obtenir la nationalité espagnole qui pourrait éventuellement leur servir de protection en cas d’ennuis. D’ailleurs, ceux d’entre eux qui sont en délicatesse avec la justice marocaine s’empressent de se réfugier en Espagne la bienveillante. Ici ils ne risquent pas d’être inquiétés (risque d’extradition) et possèdent en plus des comptes bancaires fournis et des biens immobiliers importants. Madrid, bien entendu, ne traite pas de la même façon le problème de l’immigration clandestine et celui des trafiquants de drogue. Sur le premier sujet, les autorités espagnoles crient au scandale en adoptant une attitude agressive envers le Maroc et sur le second, elles sont à tout point de vue d’une tolérance exemplaire.

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