ÉDITORIAL : L’Europe interpellée

ÉDITORIAL : L’Europe interpellée

Le Maroc affronte depuis quelques années des flux migratoires de plus en considérables qui dépassent souvent ses moyens de lutte contre ce phénomène. Il s’agit des clandestins subsahariens qui s’infiltrent dans le Royaume par la frontière maroco-algérienne à l’est. Une frontière très vaste que les autorités marocaines n’ont pas les moyens de contrôler. Fuyant la misère et la guerre qui sévissent dans leur pays, ces candidats au départ, de plus en plus nombreux, font du Maroc une étape de transit principale. Certains tentent de gagner à bord d’embarcations de fortune le territoire espagnol soit par le Détroit ou les îles Canaries. D’autres, par contre, se débrouillent pour se retrouver par voie terrestre dans les enclaves marocaines sous contrôle espagnol de Sebta et Mélilia. Les autorités marocaines ont beau multiplier les arrestations et les refoulements (4400 personnes interpellées en 2002), le pays continue à être assailli de toutes parts. Loin de connaître un ralentissement, le phénomène s’amplifie au fil du temps, se nourrissant du désespoir d’individus prêts à tout, y compris de mourir pour améliorer leurs conditions de vie. Le Maroc semble engagé tout seul dans la lutte contre ses propres clandestins et ceux venus d’ailleurs. Il n’est pas aidé par ses partenaires européens, notamment l’Espagne, qui est principalement visée par l’émigration irrégulière. La masse des refoulés sont pris en charge en ce qui concerne leur hébergement et leur transport par les pouvoirs publics marocains. Malgré sa bonne volonté et son engagement sur ce front difficile, le Maroc n’a pas les moyens de faire face à des déplacements de populations aussi importants et aux dépenses induites par une telle situation. Madrid, qui se plaint d’être “envahi“ en permanence par une armée de clandestins transitant par le territoire marocain, a l’obligation d’apporter une assistance conséquente en la matière à son voisin du sud. En effet, la frontière maroco-algérienne est tellement vaste que son contrôle pour qu’il soit efficace nécessite des moyens financiers et techniques qui soient à la hauteur de l’ampleur du défi. Pour le moment, la surveillance de cette frontière par les moyens de bord coûte chaque jour à l’État pas moins de 30 millions Dhs. Le Maroc, qui a par ailleurs durci récemment sa législation en matière d’émigration et d’immigration clandestine et de séjour des étrangers sur son sol, attend toujours le déblocage de la somme de 40 millions d’euros promise en novembre dernier par l’Union européenne dans le cadre de ses efforts dans la répression de l’émigration clandestine. Une Union européenne, qui malgré les moyens colossaux dont elle dispose, a du mal à contenir le phénomène migratoire. Que dire alors du Maroc ? Au-delà de la question financière, une lutte efficace contre ce phénomène exige de la part des pays du Vieux continent une implication réelle dans le développement économique des pays émetteurs d’immigration. C’est la seule vraie réponse durable à un problème crucial qui relève avant tout de la détresse humaine.

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