Éditorial : Libérer le poisson

L’Espagne veut mettre à contribution la bonne entente avec le Maroc pour signer avec lui un nouvel accord de pêche. Cette fois-ci, Madrid espère arracher un accord bilatéral, d’État à État contrairement au passé où les accords de ce type furent conclus sous l’égide de l’Union européenne avant que le Maroc ne décrète la rupture en avril 2001. Ce qui n’était pas du goût du gouvernement Aznar. Depuis, les relations entre les deux pays sont entrées dans une phase de grande tension.
Autre époque, autres méthodes.
Les responsables actuels de la pêche espagnole sont attendus dans les jours à venir au Maroc pour débattre avec leurs homologues marocains des modalités techniques de cette nouvelle coopération halieutique. Coopération halieutique ! Celle-ci pour qu’elle soit réellement profitable aux deux parties doit en plus revêtir un caractère rénové. L’effort de pêche, tel qu’il a été exercé dans les eaux marocaines, ressemblait par certains de ses aspects à un pompage du fond marin, sans grande valeur ajoutée pour l’économie marocaine. En un mot, les uns et les autres sont appelés dans leurs futures négociations à faire preuve d’innovation : dépasser la logique de la contrepartie financière (la compensation en devises que touchait le Maroc contre le droit octroyé aux armateurs espagnols de pêcher dans les côtes du Royaume) pour s’inscrire dans un partenariat large et évolué. Celui-ci peut par exemple prendre la forme de sociétés mixtes dotées d’un cadre spécifique avec des avantages étudiés de telle sorte de rendre plus attrayant l’investissement dans le secteur. Objectif de cette démarche novatrice, mettre en place un climat propice à la création des emplois et des richesses et intégrer les entreprises en question dans le tissu économique national. Ce sont là les quelques termes de ce partenariat gagnant-gagnant.
Évidemment, le poulpe, ressource de plus en plus rare en raison de la surexploitation qu’elle a subie de la part notamment des professionnels nationaux, n’est certainement pas concerné par cette nouvelle formule de pêche. Mais d’autres espèces notamment pélagiques, moins menacées, peuvent faire l’objet d’un plan d’exploitation qui soit rigoureux et contrôlé.
Il s’agit en définitive de réduire la logique de rente qui domine encore cette activité stratégique et en faire un véritable outil industriel en termes de transformation et de congélation. Dans ce domaine, beaucoup d’efforts restent à consentir pour que le poisson, une fois valorisé, ne soit plus otage des luttes intestines et des calculs étriqués des opérateurs.
Cette vision a besoin toutefois d’être soutenue et accompagnée par une stratégie claire du ministère de tutelle. Une stratégie qui gagnerait en efficacité si elle est élaborée en concertation avec les professionnels de tous les segments de la pêche qui passent leurs temps à se neutraliser.

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