Éditorial : Lièvres électoraux

La Koutla a signé son certificat de décès politique à Casablanca. La coalition gouvernementale, elle, n’est pas tellement concernée par cette débâcle. Car celle-ci, de par sa composition et les conditions dans lesquelles elle a été concoctée, ne pouvait pas prétendre à une coordination responsable. L’échec est d’abord et surtout celui des deux partis-locomotive du gouvernement, l’USFP et l’Istiqlal qui sont aujourd’hui tout étonnés de voir leurs espoirs de contrôler leurs grandes villes crever comme autant de bulles illusoires. Étonnement mal placé car ces deux grands partis ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes puisque l’un et l’autre ont consacré une énergie folle à s’entretuer de manière fidèle et soutenue. Résultat des courses : l’Istiqlal qui est arrivé premier en termes de sièges dans 4 grandes villes sur 6 (Casablanca, Tanger, Marrakech et Fès) n’a réussi à prendre le contrôle que de la dernière cité. L’USFP, de son côté, a sauvé un peu la face grâce à son bastion historique d’Agadir alors qu’il était qualifié au plan arithmétique de faire tomber dans son cabas les villes de Rabat et Mohammedia. Tout compte fait, Abbas El Fassi et Abderrahmane Youssoufi n’ont rien à regretter dès lors qu’ils étaient heureux de se jeter dans la bataille communale en rangs dispersés. Autrement dit, les vestes que leurs partis respectifs se sont ramassées ne sont pas l’expression d’une politique de coordination établie d’avance et d’accords électoraux bien ficelés qui n’ont pas été respectés par leurs élus au moment du vote pour les présidents. Non. Ces deux grands partis ont payé très cher leur acharnement à ne pas travailler ensemble sur le terrain en présentant des candidatures uniques ou communes là où ils ont la possibilité de prendre de nouvelles parts du marché électoral. Le suicide de ces deux grands du paysage politique national est à juger à l’aune de cette réalité qu’ils ont toujours refusé de voir en face. Avec le recul, la victoire numérique de l’USFP et l’Istiqlal a un goût amer au jugé des présidences des grandes villes ratées qui étaient pourtant à leur portée. Finalement, l’un et l’autre ont joué à leur corps défendant lors de la campagne électorale du 12 septembre le rôle de lièvres pour des partis qui ont obtenu des classements (en termes de sièges) moyens. L’exemple le plus éclairant reste celui de l’UC qui, malgré sa huitième position au plan national, a parfaitement réussi son finish en décrochant la mairie de Marrakech et celle de Casablanca (qui devaient logiquement échoir toutes les deux à l’Istiqlal). L’USFP et l’Istiqlal sont invités, au-delà de la Koutla qui n’a jamais été qu’un bloc de circonstance, à opérer une réflexion en profondeur sur le sens qu’ils veulent sérieusement donner à leurs relations futures. Soit ils décident de coordonner sérieusement leurs efforts politiques et électoraux et ils se donnent les moyens objectifs d’y arriver, soit ils tirent la conclusion que leur cohabitation est un choc qui ne peut conduire qu’à des traumatismes et ils officialisent leur rupture et la dissolution de la Koutla. L’affaire est entendue.

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