Éditorial : L’original et la copie

Le piratage gangrène l’économie marocaine. 570 millions de DH, C’est le manque à gagner annuel. Ce mal souvent représenté dans l’imaginaire collectif par le petit revendeur de Derb Ghallef, le petit formateur de CD, et de logiciels tout genre, évolue en réalité sous forme d’une véritable industrie.
Une connexion qui se joue des règles de l’Office marocain de propriété intellectuelle (OMPIC), des opérations commandos périodiques dont le BSA (qui regroupe les éditeurs de logiciels) se fait souvent l’écho et trouve un terrain favorable dans l’inaction du BMDA (Bureau marocain des droits d’auteurs), bureau qui se cherche depuis toujours et qui a toujours du mal à trouver ses marques.
Aux dernières nouvelles, ce bureau concluait des alliances. Pendant ce temps, les artistes marocains à l’image de Brahim El Alami, mort dans le dénuement le plus total, ne tirent jamais profit de leur talent. C’est tout un secteur, celui de l’industrie de la musique qui se trouve en otage. Nul doute, au Maroc, le terrain est encore propice au piratage. Pas étonnant, dans des conditions aussi idéales que 73% des logiciels qui circulent dans le pays soient piratés, et que le Maroc dépasse la fort enviable moyenne africaine 56% et que, jusque dans les derniers rounds des négociations de libre-échange, le dossier «Droits d’auteurs» soit l’un des plus chauds. Les lamentations des industriels, des éditeurs de logiciels doivent certainement être prises en compte. Le manque à gagner est important pour toutes ces entreprises qui ont investi et qui ont engagé des fonds importants dans le développement et la recherche.
Mais aussi, derrière, il faut le dire, le piratage trouve sa prospérité dans l’écart abyssal des prix entre l’original et la copie. Il faut au minimum 1000 dirhams pour obtenir le système d’exploitation de Windows pour particuliers. A peine 20 dirhams suffisent pour se l’approprier au souk, à ses risques et périls peut-être, mais souvent, c’est l’option choisie. Les PME-PMI continuent encore à s’équiper au noir dans leur majorité, considérant que les logiciels légaux engendrent des charges lourdes. Tant pis, si, ce faisant, ces entreprises se mettent en porte-à-faux par rapport à la loi, à portée des actions en justice. Mais une chose est sûre, quel que soit le mal, la répression à elle seule ne suffit pas. Comment museler les photocopieuses, les graveurs, accessibles à bon marché, et surtout l’Internet ? Comment convaincre les opérateurs à préfèrer la copie à l’original, comment mettre fin à des pratiques qui se révélent juteuses et à bon marché.
En France, face à l’ampleur du phénoméne, les grandes marques, ont, chacune, monté une brigade de vigilence postée dans les métros et les aéroports, pour prendre les contrvenants la main dans le sac. Mais cette approche est aussi onéreuse que le mal qu’elle est censée combattre. Le piratage est une problématique qui dépasse les frontières du Maroc et qui est désormais une constante dans les relations Nord-Sud. En 2003, un CD sur trois écoulé dans le monde était piraté. En chiffres bruts, cela représente un peu plus d’un milliard d’unités.

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