Éditorial : Machine à bloquer

Le problème reste entier à l’agence urbaine de Casablanca. L’ambiance y est toujours aussi délétère sur fond de méfiance et de suspicion. Ici, rien n’a changé malgré le fait que la réalité soit devenue flagrante : cet établissement s’est transformé en machine à bloquer les projets immobiliers depuis le changement intervenu à sa tête, en septembre 2003. Ce sont les promoteurs immobiliers eux-mêmes qui ont dénoncé à plusieurs reprises ce qu’ils qualifient d’aberration. Pour le moment sans résultat. De guerre lasse, nombre d’entre eux ont commencé à fuir la capitale économique pour exercer leur activité sous d’autres latitudes nationales plus fluides. Est-ce l’objectif escompté?
De fait, l’agence urbaine de Casablanca ne veut pas se défaire de son statut d’exception. Un statut hérité de l’époque de Driss Basri qui, par sa seule volonté plus ou moins avouable, a fait d’elle une citadelle rattachée directement au ministère de l’Intérieur alors que la logique voudrait qu’elle soit placée, au même titre que ses consœurs du pays, sous la tutelle du département de l’Habitat.
La patronne de l’agence de Casablanca, une ville où le boom immobilier aiguise bien des appétits, passe son temps à rejeter les dérogations qui ont caractérisé pendant longtemps les projets immobiliers locaux au motif qu’elles ne sont pas conformes au schéma directeur de la ville. Or, c’est ce dernier, datant de plusieurs décennies, qu’il convient de changer dans le sens de la souplesse au lieu de s’arc-bouter sur une vision complètement dépassée et sclérosée de l’urbanisme, fondée sur un contrôle tatillon du nombre d’étages à dépasser ou à ne pas dépasser.  Ce n’est pas, en tout cas, ce que l’on attend d’une agence urbaine dans un pays tourné vers la modernité et qui a besoin de ce fait de corriger les mille et un dysfonctionnements de son urbanisme et de le repenser dans une vision prospective saine. Si le système marocain en la matière était un modèle, les tours géantes et les gratte-ciel n’auraient jamais existé ailleurs.
Non, ce n’est pas normal du tout que la responsable de l’agence urbaine de la plus grande ville du pays plombe l’évolution d’une cité où il y a beaucoup de choses à faire et à revoir. Et, au nom de ses prérogatives, agit de manière autonome en dehors de toute concertation avec les autorités locales et élues. Certes, cette directrice est réputée chez certains pour sa bonne moralité mais ce n’est pas une raison pour faire du surplace loin de tout esprit d’initiative et d’imagination. Et même lorsqu’un projet immobilier donné reçoit l’onction de la maison, il faut attendre entre trois et six mois pour obtenir l’autorisation. Est-ce normal? En cas de refus de la commission qui peut intervenir sur le veto d’un seul membre –une autre aberration-, le promoteur concerné doit reprendre l’ensemble des démarches depuis le début en se coltinant un maquis administratif infernal. Est-ce juste ? Il est temps pour le ministère de l’Intérieur, qui pour le moment laisse faire, de sortir de son silence.

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