Éditorial : « Machins » budgétivores

Le Maroc compte exactement 127 entités publiques, entre offices, établissements, caisses et diverses régies. Or, seule une dizaine est médiatisée dont on connaît le visage des patrons et la mission grâce à une politique de communication agressive. Le reste est entouré d’une discrétion totale avec des directeurs généraux inconnus au bataillon et un rôle pour le moins imprécis. En fait, il y a de quoi s’interroger sur l’utilité économique et financière de ces instruments qui ressemblent pour la plupart à de belles planques du Royaume souvent budgétivores qui ne produisent du sens que pour ceux qui en ont la charge directe ou indirecte.
Quelle est la valeur réelle du budget de chaque établissement, le montant des investissements et des dépenses ? Personne ne le sait puisque cela ne figure pas dans la Loi de finances. Les fonds utilisés par les offices en question sont noyés dans la rubrique investissements publics. Bonjour transparence ! Si ces établissements sont contrôlés a posteriori par la DEPP dépendant du ministère des Finances et occasionnellement par les missions IGF du même département, certains d’entre eux, qui font des bénéfices, réalisent ce que le jargon officiel appelle “les transferts de fonds“ au profit du Trésor et les autres, qui ne produisent rien, bénéficient des subventions de l’État. Or, on n’a jamais vu un patron de ces groupes protester publiquement pour réclamer un budget conséquent. Motus et bouche cousue. Ce type d’entreprises dans le privé seraient en faillite depuis belle lurette.
Dans un contexte de libéralisation galopante, à quoi sert par exemple l’Office du thé et du sucre (ONTS) ? Qu’est-ce qui justifie encore son maintien certainement coûteux pour les finances publiques ? Pendant qu’on y est, pourquoi pas un Office de la menthe fraîche ? A quoi sert encore l’Office du tourisme dans son essence et son existence? Avez-vous jamais entendu parler des « Établissements autonomes de contrôle et de coordination des exportations » ? Eh bien, ce « machin » figure sur la liste des entreprises d’État. Tout comme une citadelle baptisée “Laboratoire officiel d’analyses et des recherches chimiques“. Celui-là est considéré comme une entreprise publique, mais le grand public, lui, ne sait pas si ses analyses ont abouti à une quelconque trouvaille intéressante. Il en va de même pour les Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA), ces très lourdes machines bien enracinées, qui ne bougent jamais qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il ne fasse pas beau pour les agriculteurs. Les ministres de tutelle passent, les récoltes trépassent et ces institutions dont la mission est floue dans le contexte agricole actuel continuent à prospérer à l’ombre de l’État.
La formule magique “je me sucre et je me thé“, pour reprendre un célèbre jeu de mot d’un directeur de l’ONTS, qui fut la règle à une certaine époque, doit céder aujourd’hui la place à une culture de rigueur et de transparence. Le courage réformateur veut que le gouvernement ouvre le dossier de ces entités en vue d’une réorganisation profonde de leur mode de fonctionnement ou carrément de la suppression de ceux dont l’existence ne se justifie plus. Une réforme indispensable qui ferait certainement économiser plusieurs milliards de Dhs à des finances publiques de plus en plus exsangues. Encore faut-il que la volonté polique y soit.

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