Éditorial : Maghreb à quatre

Ce que tout le monde devinait d’avance arriva. Le sommet de l’UMA, qui devait se tenir les 23 et 24 décembre à Alger, a été reporté sine die. Ainsi en a décidé le conseil maghrébin des ministres des Affaires étrangères réuni depuis dimanche 21 décembre dans la capitale algérienne pour préparer le 7ème sommet de l’Union. Cette annulation était prévisible étant donné que trois chefs d’État sur cinq (Maroc, Libye, Mauritanie) ont refusé de faire le déplacement d’Alger. Sur ces entrefaites, l’Algérie a annoncé dans un style alambiqué par la voix de son chef de la diplomatie que “devant l’insistance“ de son pays à céder la présidence, la Libye a accepté de prendre le relais. Du jamais vu dans les annales des relations internationales. Un pays qui hérite de la présidence d’un sommet en instance de réunion depuis 1994 ! Dans le cas précis, la Libye s’est vue passer le témoin de quelque chose qui n’existe pas. Cela ressemble à une nouvelle farce politico-diplomatique qui en dit long sur l’état d’une région qui n’en finit pas d’étaler au grand jour ses contradictions et ses déboires. Heureusement que le ridicule n’a jamais tué personne… Un nouveau constat d’échec donc. L’Algérie et ses dirigeants n’auront pas réussi à sauver la face en convoquant au forceps sur leur sol un sommet reporté depuis une décennie. Le président Bouteflika et les siens devraient ressentir cela comme une humiliation en fredonnant sur le ton de l’incompréhension l’air de «mais qu’est ce qu’elle a la gueule d’Alger» pour que les chefs d’État des pays du Maghreb lui fassent la fine bouche? La gueule d’Alger n’a rien sauf que l’autisme et la duplicité de ses patrons en civil et en treillis, de ses responsables apparents et de ses personnages occultes, ont fini par lasser leurs homologues de la région. À quoi bon tenir un sommet censé déboucher sur la construction d’un ensemble fort, cohérent et solidaire alors que l’Algérie n’a de constance autre que dans son hostilité à l’égard de l’intégrité territoriale du Maroc ? Entre ces deux principaux pays de la région, il y a le Sahara marocain. Peut-on avancer sur la voie de l’intégration, certes devenue de plus en plus nécessaire, d’une zone stratégique sans un minimum de bonne foi politique ? C’est quoi cette UMA que l’Algérie voudrait faire naître sur un foyer d’instabilité qu’il a créé de toutes pièces il y a plus de 25 ans et qu’elle continue envers et contre tous à entretenir sur le territoire de son voisin? Le Maroc de Mohammed VI ne saurait éternellement cautionner ce poker menteur et cette mascarade qui n’ont que trop duré. L’union du Maghreb passe d’abord par un sommet entre les deux pays pour mettre à plat le contentieux du Sahara dans le cadre d’une solution qui respecte les droits du Maroc sur ses provinces du sud. Sans ce préalable, un Maghreb uni restera juste une chimère. En attendant que l’Algérie revienne à de meilleurs sentiments à l’égard du Maroc, l’UMA pourrait amorcer son existence à quatre. Que ceux qui sont réellement animés de la volonté d’union de la région se mettent dès maintenant au travail. Plus de temps à perdre.

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