Éditorial : Mystère

Selon la loi, toute personne est innocente jusqu’à preuve du contraire. Force est de constater que ce principe intangible n’a nullement été respecté dans l’affaire de Abdelâali Hadi qui a récemment défrayé la chronique.
Il s’agit du meurtrier présumé de 9 enfants de Taroudant dont les cadavres ont été retrouvés jetés dans un terrain vague après qu’ils eurent été déterrés. Il a fallu une vingtaine de jours d’investigations pour que les enquêteurs démasquent l’accusé. Dès son arrestation, ce dernier a été présenté comme étant l’assassin. Livré en pâture à une opinion publique tenue en haleine par ce drame, il n’aura pas droit à une enquête équitable. Reconstitution des faits le lendemain dans des circonstances que le droit réprouve. Mains menottées, un couteau entre les mâchoires, il est prié de simuler comment il tuait ses victimes. Images diffusées le soir à la télévision avec des commentaires définitifs de la police sur sa culpabilité. Pas de réaction des associations des droits de l’Homme. Le cas Hadi semble ne pas les intéresser.
M. Hadi est déjà jugé coupable puisqu’il a avoué ses crimes, nous dira-t-on. Le dossier est clos. Il ne reste plus qu’à l’envoyer à la potence.
Or, de Abdelâali Hadi, on ne sait rien ou presque. En dehors de son âge, 41 ans et de son métier, aide-gargotier, le personnage reste un mystère. Qui est-il vraiment ? Est-il un détraqué mental, un fou, un tueur en série ou un obsédé sexuel ? On ne sait pas, puisque l’accusé n’a subi aucun examen psychologique ou psychiatrique. Tout ce que l’on a pu remarquer au jugé de ses photos diffusées dans les médias, c’est qu’il s’agit d’un quidam. Et le mobile de ce dont il est accusé ? Là aussi, rien.
Reste ce bout de papier mystérieux portant cette inscription non moins mystérieuse (“Je jure par Dieu que je me vengerai quoi qu’il advienne“) que la DST aurait trouvé non loin des cadavres. C’est ce papier attribué à l’accusé qui a, explique-t-on, permis de démasquer le meurtrier présumé.
Abdelâali Hadi coupable idéal ? Sans aller jusqu’à l’affirmer, l’intéressé, quand bien même il est passé aux aveux, a droit à une enquête policière irréprochable de telle sorte qu’on s’assure de ses dires. Il se peut qu’il ait endossé tout pour couvrir le vrai auteur des crimes. Qui sait ?
On comprend la pression énorme subie par les policiers de la capitale du Souss et leur détermination sans faille à dénouer l’énigme des ossements d’enfants. Mais rien ne les empêchait de faire preuve de sérénité et de vigilance qui doivent être la marque de tout dossier de ce genre.
Abdelâali Hadi, coupable ou lampiste ? C’est à la justice de se prononcer en reprenant l’enquête depuis le début, pour lui garantir un procès juste et équitable avec un collectif d’avocats. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un pauvre bougre qu’il doit être condamné avant même d’être jugé.

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