Éditorial : Ni vainqueur, ni vaincu

Dans un monde qui ne cesse de connaître de profondes mutations depuis plus d’une décennie, le conflit du Sahara marocain paraît de plus en plus comme une survivance de temps révolus.
Face à la mondialisation de l’économie, du terrorisme et de la guerre, il est impensable qu’un espace aussi désuet, même s’il est bordé d’une mer, divise deux Etats aussi proches et aussi complémentaires que le Maroc et l’Algérie. Il est encore plus aberrant que ce différend vieux de plus d’un quart de siècle continue à bloquer l’émergence d’une entité aussi prometteuse que l’Union du Maghreb Arabe.
Dans un espace normalement constitué et face à la force économique et politique des regroupements régionaux, la logique de la tension et des querelles stupides est une aberration de l’histoire qu’il faut bannir. Comme l’a dit si souvent feu SM le Roi Hassan II, on ne peut pas changer la géographie et par conséquent deux voisins sont condamnés à cohabiter dans la paix et la coopération. Autrement, dit c’est l’attitude des hommes qui doit nécessairement évoluer pour permettre à l’Algérie et au Maroc de se réconcilier avec leur histoire, leur langue et leur religion communes. Il n’existe aucun espace géographique dans le monde qui possède autant de points d’intersections, que les pays du Maghreb arabe. Bien plus, et outre cette communion spirituelle et linguistique, le Maroc et l’Algérie disposent d’économies complémentaires qui leur permettent d’affronter les marchés les plus organisés dans le monde. Leur position géostratégique en face de l’Europe méditerranéenne d’une part et de l’océan atlantique d’autre part, les prédestine à devenir une force politique et économique de premier ordre. Il suffit seulement que leurs potentialités soient additionnées et que leurs voix politiques convergent dans le même sens pour que toutes les entraves soient dépassées.
La coopération entre les deux pays ne se limiterait plus aux échanges économiques, mais s’étendrait aussi à une coordination en matière de sécurité. D’ailleurs, dans les moments les plus difficiles des relations entre les deux pays, le Maroc a collaboré, d’une manière efficace, avec l’Algérie pour lutter contre le terrorisme. Ce faisant il est clair que si les relations redeviennent normales, cette coopération serait plus consistante et plus efficace pour les deux pays. C’est pour cela qu’il est plus qu’impératif que le conflit artificiel du Sahara retrouve sa place naturelle : celle de la souveraineté marocaine. Tout le reste est négociable avec l’Algérie, qu’il s’agisse d’une ouverture sur l’Atlantique ou tout autre facilité qui servirait les intérêts des deux pays. Il semble, fort heureusement, que cette vision commence, depuis quelques temps, à mûrir chez nos voisins. Une embellie qui s’est manifestée par la neutralité positive de l’Algérie face à la dernière proposition de Baker pour la résolution de ce conflit.
La dernière prise de conscience édifiante, à cet égard, revient à l’ex-ministre de la Défense algérien, Khalid Nezzar, qui a déclaré à notre confrère « la Gazette du Maroc » que l’Algérie n’a pas besoin d’un nouvel Etat à ses frontières. La logique semble enfin prévaloir pour convenir que le Maroc et l’Algérie ont plus besoin d’une ouverture sur leur espace géographique naturel que d’une fermeture qui ne sert personne.

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