Éditorial : On ne prête qu’aux pauvres

Le micro-crédit est une opération destinée à aider les populations à très faible revenu pour stimuler l’auto-emploi. Exclues du système bancaire classique, celles-ci bénéficient grâce à ce nouveau procédé de prêts d’un faible montant allant de 2500 à 50.000 DH.
En somme, il s’agit du crédit du pauvre.
Au cours de ces dernières années, ont vu le jour au Maroc des fondations de micro-crédit qui ont fait leurs preuves ailleurs notamment en Amérique Latine. L’expérience est une réussite notamment dans le monde rural en ce sens où elle a contribué de manière notable à la résorption du chômage qui frappe de larges pans de citoyens laissés au bord de la route.
C’est une action de grande importance qui vise moins à créer des profits pour ses promoteurs qu’à aider les bénéficiaires à s’insérer dans la vie active. Une femme qui contracte un petit crédit pour s’acheter une machine à coudre qui lui permettrait de faire de la couture, un jeune homme qui monte une affaire de vente de légumes…
Or, dans les faits, le micro-crédit au Maroc s’éloigne de sa vocation première d’instrument à but social avec des taux d’intérêt très modiques juste nécessaires au fonctionnement des organismes prêteurs. Ces derniers pratiquent en vérité un taux effectif global (TEG) dépassant de loin celui pratiqué par les banques. Ce taux excède les 40% !
Les patrons des organismes concernés ne nient pas cela. Ils justifient ces taux très excessifs par la nature du micro-crédit qui à leurs yeux comporte beaucoup de risques liés en particulier à l’insolvabilité potentielle des clients. Autrement dit, ces derniers se voient appliquer un loyer d’argent proportionnel au risque qu’ils représentent pour leurs créanciers. Vus sous cet angle, les taux d’intérêt exorbitants représentent d’une part une sorte de garantie pour les bailleurs de fonds et une manière pour continuer à financer d’autres projets, de l’autre. En effet, l’objectif final est que le micro-crédit se perpétue et ne s’arrête pas.
Cet argument serait recevable si les populations bénéficiaires de ces petits crédits étaient des mauvais payeurs. Or, ce n’est pas le cas. Des études menées montrent un taux de solvabilité atteignant 95%. Ainsi, les organismes de micro-crédit mettent-ils en avant un risque virtuel pour vendre au prix fort les petites sommes qu’ils accordent à leurs clients.
Force est de constater qu’il s’agit-là d’une dérive qui éloigne ces organismes de leur mission initiale dès lors qu’ils se transforment en banques d’un autre genre. Au lieu d’être au service des petites gens, ils se servent du fait qu’ils sont dans le besoin d’une petite somme pour réaliser des profits pharamineux à la limite de l’indécence.
C’est connu, les petites gens, contrairement aux riches, sont solvables. Ils s’empressent même de payer leurs dettes et leurs factures. Le micro-crédit marocain a inventé un nouveau dicton : on ne prête qu’aux pauvres.

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