Éditorial : On socialise bien les pertes

Faut-il être moins disant social pour être compétitif ? C’est en quelque sorte la question de fond posée par le secrétariat national de l’Union marocaine du travail (UMT) dans son communiqué daté du 25 juillet intitulé “Non au démantèlement du SMIG“. Le syndicat est ici dans son rôle, celui de défendre les intérêts et les acquis des travailleurs travaillant contre les revendications récurrentes du patronat. Certains milieux, notamment du textile,  font pression pour instaurer un Smig régional présenté comme une mesure susceptible de sauver cette industrie face au raz de marée chinois. Comme si la solution aux difficultés de ce secteur se trouvait dans le camp des employés et non des employeurs. Comme si ces derniers convoitaient  le revenu déjà maigre  des premiers pour espérer se tirer  d’affaire. Si  les salariés doivent absolument faire un sacrifice, il faut que les patrons agissent de même. Ce qui n’est pas sûr. Privatisons les bénéfices et socialisons les pertes, telle est la logique dénoncée par l’UMT.  
Selon la logique patronale, un manœuvre qui travaille par exemple dans une usine textile à Guércif toucherait moins que le salaire minimum garanti par la loi. Ainsi estime-t-on que dans cette ville  de l’est du pays, les forçats du tissu sont mieux payés avec un salaire de bas de l’échelle déjà insuffisant compte tenu de la cherté de la vie. Et puis, il n’est pas du tout certain que ce nouveau privilège améliore la situation de cette industrie qui a visiblement raté son rendez-vous avec l’avenir. 
Après avoir obtenu naguère plusieurs avantages comme la baisse des charges sociales et du prix de l’électricité industrielle , voilà que les bonnets du textile veulent sous-rémunérer leurs employés !  Tant qu’à gratter des passe-droits,  autant revendiquer la travail à l’œil .
En fait, ce genre de raisonnement est une dérive pure et simple. Réfléchir à une fiche de paie en dessous du minimum légal est en soi très grave. Ceci montre l’incapacité chronique ou l’absence de volonté des textiliens à aborder les vrais problèmes de leur secteur d’activité en termes d’adaptabilité des entreprises et de modernisation de leur management. Tout se passe comme si les entrepreneurs de cette filière voulaient continuer à exploiter dans des conditions encore plus difficiles une main-d’œuvre corvéable à merci, sans qu’ils se sentent , eux,  obligés de consentir un effort sérieux pour trouver une solution globale à la crise qu’ils disent traverser.
Faire du chantage à l’emploi n’est pas une attitude responsable. Ce qu’il convient de mettre en place, c’est une stratégie sectorielle qui prenne en compte les besoins et l’importance des branches d’activité qui ont besoin d’être encouragées, soit par une fiscalité adaptée, soit par des mesures d’accompagnement appropriées avec en retour un effort conséquent de la part des bénéficiaires. 

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