Éditorial : Optimisme de commande

Le discours officiel met sans cesse en exergue l’importance à accorder à la compétitivité des produits nationaux. À chaque occasion, le sujet est évoqué devant les caméras et les micros. Or, force est de constater que les efforts consentis par le gouvernement en matière de mise à niveau du tissu économique du pays ne sont pas encore visibles dans les faits en ce sens où la qualité des marchandises marocaines laisse à désirer dans beaucoup de domaines.
Dans d’autres, celui du sucre par exemple, on continue à subventionner un sucre vendu à un peu plus de 5 Dhs le kilo alors qu’il est disponible pour la même quantité à 2 Dhs sur le marché international. Résultat : la compétitivité pour les filières nationales de biscuiterie, confiserie et autre chocolaterie est une idée illusoire. Dès lors qu’elles ne peuvent jamais concurrencer les produits venus par exemple de Turquie – avec lequel le Maroc a signé au demeurant un accord de libre-échange – qui sont fabriqués, eux, avec un sucre qui coûte beaucoup moins cher.
Autrement dit, les pouvoirs publics marocains aident l’industrie turque à tailler des croupières à son homologue nationale. Si ce n’est pas de l’hérésie économique, cela y ressemble beaucoup.
Comment consommer marocain lorsque la qualité et le prix n’y sont pas ? Comment faire émerger dans ces conditions des articles made in Morroco dignes d’achat ? Les discours sont en décalage complet avec la réalité. Les ministres eux-mêmes, chargés de défendre l’industrie de leur pays, ne consomment pas marocain. Les costumes et ce qui va avec portent des griffes prestigieuses. La voiture de service est de marque étrangère. Les enfants sont inscrits dans la mission française ou l’école américaine. Si cela se trouve, même le pain est acheté chez Paul… Où sont les produits nationaux dans tout cela ?
La mondialisation, dont les effets ont déjà commencé à se faire sentir, arrange les affaires du consommateur mais certainement pas celles de l’économie du pays.
Un pays qui n’a rien à vendre, sauf peut-être son soleil et ses côtes. Là aussi, beaucoup de choses restent à faire pour que le produit touristique devienne vraiment attrayant et compétitif. Ce n’est pas en cultivant un optimisme de commande que l’on remplit les avions et les hôtels. Contre tout bon sens, nombre de secteurs malades, voire condamnés sont encore maintenus sous perfusion dans ce pays, alors qu’il faut soutenir ceux qui sont porteurs d’un réel potentiel de développement et de valeur ajoutée. Il y a longtemps que les pouvoirs publics auraient dû préparer la reconversion des activités prises dans la tourmente de la globalisation au lieu de chanter l’alléluia d’une mise à niveau hypothétique. Autrement, c’est la catastrophe sociale garantie. Parallèlement à cela, il convient de renforcer le pouvoir d’achat des citoyens de telle sorte de favoriser une certaine relance de la machine économique. Il y a vraiment urgence à réagir pour limiter les dégâts.

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