Éditorial : Pari

Me M’hammed Boucetta, président de la commission consultative pour la réforme de la Moudawana, a été propulsé ces derniers temps aux devants de l’actualité. Depuis sa nomination par S. M. le Roi, fin janvier dernier, pour succéder à Me Driss Dahak, l’ancien secrétaire général du Parti de l’Istiqlal focalise l’attention. Ses déclarations sont largement décortiquées et ses prises de position amplement analysées. La sensibilité du sujet, le poids du personnage et la polémique suscitée par le fameux plan d’integration ont rendu cette question plus que jamais chaude. De ce fait tout ce qui a trait à sa mise en chantier, s’est transformé en une urgence absolue.
Mais, pourquoi Me Boucetta suciste autant de réactions négatives chez les femmes ? Ce n’est ni son personnage qui est aujourd’hui mis en cause, ni son intégrité morale qui est en jeu. Loin de là. Ce n’est pas non plus son savoir-faire juridique et sa maîtrise de la chariaâ qui peuvent poser problème. Absolument pas.
L’avocat de carrière qu’il est, le diplomate qui a fait ses preuves et le politique qui a marqué la scène partisane en renonçant à son poste de secrétaire général de l’Istiqlal est tout indiqué pour mener à bien une tâche d’une extrême complexité. A savoir comme il tient à le préciser lui-même, marier la chariaâ et la modernité. Autrement dit, en tenant compte des fondements de la nation marocaine , Islam, Arabité et amazighité, on peut se projeter dans l’avenir en épousant ses valeurs de modernité et du savoir dans le risque de les renier. Mais là la démarche du patriarche peut poser problème c’est quand au détour d’une phrase, il peut commettre un impair. Comme celui de se confondre dans la comparaison et évoque certaines notions comme le PACS français qui n’est nullement à l’ordre du jour du débat marocain… La réaction des Associations féminines fut immediate notamment celle de l’ADFM qui, tout en louant l’esprit communicatif de Boucetta, lui reproche de politiser le débat , voire de le sortir de son contexte. Son présidente Rabia Naciri n’a pas maché ses mots surtout quand elle évoque Saad eddine Othamni (PJD) avec lequel Boucetta a discuté sans demander l’avis des autres tendances.
Autrement, la presidente de l’ADFM semble accuser M Boucetta de s’aligner sur la ligne conservatrice tout en s’appuyant sur une comparaison erronée.
A-t-elle forcé le trait pour dire son désaccord avec Me Boucetta ? A-t-elle voulu marquer son terrain par rapport au président de la commission ? Ceci étant, rappelons que Me Boucetta ne peut dépasser le cadre de l’Ijtihad tel qu’il est reconnu par la chariaâ. Il ne peut outrepasser les lignes définies par le coran et le Hadith du prophète. Le texte sacré ne tolère point d’Ijtihad. Et ce n’est pas Me Boucetta qui dira le contraire même si les associations veulent forcer le passage.
Il faut savoir que conjuguer la modernité au préceptes de l’Islam impose le respect des textes de la religion d’abord. Et la méthode qu’a adoptée feu S.M. Hassan II des petits pas dès qu’il s’agit d’un sujet sensible trouve aujourd’hui encore toute sa pertinence. En nommant Me Boucetta à la tête de la commission, S. M. Mohammed VI donne ainsi une image de sa volonté de régler les problèmes de la manière la plus douce et la plus civilisée qui soit. D’ailleurs la réforme de la Moudawana ne date pas d’hier. Et à chaque fois, les réglages qui se sont opérés ont permis de satisfaire tous ceux qui ont été impliqués.
C’est dans cet état d’esprit que Me Mhammed Boucetta et les membres de la commission doivent travailler. D’abord pour pérenniser cette tradition de consultation .Et ensuite pour permettre aux représentants de la société de s’exprimer. Et enfin pour que la prochaine Moudawana s’inscrive dans un esprit de continuité et non de rupture. Un pari difficile.

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