Éditorial : Passoire

L’affaire des Admissions temporaires (AT) revient au-devant de la scène, avec l’éclatement d’un nouveau scandale au port de Casablanca. Les mis en cause ne sont autres que les Chetrit dont le nom est devenu célèbre, suite à la campagne d’assainissement de 1996 qui a vu le père et le fils, David et Simon, expédiés en prison pour fraudes douanières. L’histoire avait fait grand bruit au Maroc et à l’étranger.
Les voilà de nouveau sur la sellette pour une affaire similaire : les intéressés récidivent en se jouant du régime des AT. Ils introduisent au Maroc des quantités importantes de tissus en soie qu’ils sont censés réexporter sous forme de produits finis. Au lieu de cela, ces hommes d’affaires d’un genre particulier réexportent des marchandises textiles autres fabriquées à partir de tissus de moindre qualité. Quant à l’étoffe importée, elle est vendue localement à travers des circuits informels. Ces magouilles représentent un manque à gagner énorme pour l’administration des Douanes et pour le budget de l’État.
Apparemment, les différentes mesures prise par la Douane, à commencer par la modernisation du système de contrôle, n’ont pas permis de mettre en échec les opérations de fraude. En fait, ces dernières ont lieu avec la complicité des agents de cette administration en poste au port et peut-être même au-delà. Les sanctions doivent pouvoir tomber.
Installés aux Etats-Unis depuis leur libération en 1998 suite à une grâce Royale, les Chetrit, connus pour leur puissance financière qui leur permet de passer à travers les mailles du filet, ont entretienu sur place des filières de trafic à grande échelle. C’est de cette manière que beaucoup d’argent quitte le pays par le biais de réseaux enchevêtrés et complexes. D’autres familles et non des moindres ont bâti des empires en trempant dans des activités peu claires, mais sans jamais être inquiétées au Maroc où ils ont bénéficié, pendant longtemps, de certaines relations jadis haut placées.
Membre de la famille Azeroual, Jacob est incarcéré en France depuis plusieurs mois. Il est soupçonné par la justice de ce pays d’être l’animateur entre le Maroc et l’Hexagone d’un gigantesque réseau d’argent sale, de lingots d’or et de drogue. Les enquêteurs sont en train de démêler un écheveau, aux ramifications très complexes, fait de complicités marocaines et françaises. Ce scandale éclabousse sérieusement le nom de cette famille originaire de Nador, qui s’est toujours vantée d’être au-dessus de tout soupçon.
La justice marocaine doit pouvoir s’intéresser aux multiples activités illicites qui, dirigées souvent depuis l’étranger, prospèrent au Maroc sous couvert d’un commerce légal et irréprochable. Le Maroc fait office de passoire et de point de transit pour une foule de trafiquants. Les fonds récoltés localement empruntent ensuite des voies détournées.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *