Éditorial : Port de la transparence

Bouygues sera-t-il l’adjudicataire du marché du siècle de Tanger-Méditerranée? L’hypothèse est plausible. Le groupe français a l’expertise, le savoir-faire et l’expérience du terrain qui le prédisposent à réaliser une telle oeuvre. La rumeur de sa forte implication dans ce projet grandiose, elle, se fait de plus en plus insistante.
Y a-t-il un problème quelque part ? Est-il anormal que Bouygues ait ce marché ? A priori non. Sauf que rien n’est encore décidé et que Bouygues semble faire pression par le biais de rumeurs insistantes et par voie de presse.
Sauf aussi que Bouygues, leader mondial des BTP, revient de loin puisqu’il avait été dessaisi par le gouvernement Youssoufi du projet de construction du port de Tanger-Atlantique. Ce qui avait valu à ce gouvernement une des campagnes de presse les plus haineuses.
Mais l’annonce de l’appel d’offres de Tanger-Med intervient dans une conjoncture difficile pour le groupe et son implication au Maroc. En effet, on découvre brutalement des problèmes liés à la grande mosquée Hassan II, des fissures dans l’édifice qui mettent en doute le sérieux et l’expertise du groupe. Bymaro, la filiale de Bouygues au Maroc, constructeur de la mosquée, admet que les problèmes existent, mais qu’ils sont sans gravité. «La structure de la mosquée n’est pas touchée. On a juste relevé un décollement de l’enrobage du béton sur la sous-face de l’esplanade qui donne sur la mer.» Le dossier technique, c’est-à-dire la recherche des causes des dommages constatés, ainsi que des solutions à apporter est en cours de traitement. Bouygues Maroc reconnaît que c’est une procédure habituelle, effectuée pour son client, le ministère de l’Intérieur, commanditaire de la construction. Et quand on sait qu’aussi bien le port qu’une partie de la mosquée sont en milieu marin, on peut légitimement se demander si le constructeur français est bien outillé pour réussir une telle oeuvre. Qui plus est d’ordre stratégique pour l’économie du pays et son essor économique.
Maintenant, on ne peut préjuger de rien. Il est tout de même intéressant de relever deux remarques essentielles. La première a trait à l’apport des techniciens marocains, personnes physiques et morales, pour la réussite de tels projets. Et là, une question se pose au-delà du discours chauviniste de bon aloi. Les entrepreneurs marocains sont-ils assez outillés pour s’investir dans un projet d’une telle envergure? Peuvent-ils être les associés de groupes internationaux, aussi puissants que Bouygues ou Societa Italiana Per Codotte et dans quel cadre ? Le cahier des charges oblige-t-il les soumissionnaires étrangers à prendre en compte et éventuellement avoir des partenariats avec les sociétés marocaines?
La deuxième question, elle, a trait au cadre juridique du marché en cours. Quel que soit le soumissionnaire, le cahier de charges doit être respecté et la procédure du choix de l’adjudicataire doit obéir aux règles de la transparence et du sérieux. Et là, le choix de l’entreprise se fera le plus normalement du monde. Et si Bouygues sort gagnant, tant mieux pour lui. On sera au moins sûr d’un chose : les pouvoirs publics ont mis suffisamment de garanties et de garde-fous pour que la réalisation se fasse dans les meilleures conditions.

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