Éditorial : Pour que rien ne change

Le remaniement ministériel tant attendu semble être passé à la trappe. Les partis qui demandaient une révision à la hausse de leurs prétentions ministérielles qui corresponde à leur poids parlementaire, le RNI et la Mouvance populaire, ont mis en sourdine leurs revendications. Or, augmenter le nombre des portefeuilles de ces formations reviendrait à accentuer le caractère déjà pléthorique du gouvernement.
Aujourd’hui composé de 39 ministres, y compris le premier d’entre eux, il dépasserait 40. Driss Jettou a ouvert (avant de les refermer rapidement) les consultations avec les chefs de la majorité pour leur proposer de réduire le nombre de portefeuilles de telle sorte à arriver à un cabinet resserré de 33 membres. Ce qui a priori n’arrange pas les intérêts du Mouvement Populaire et du Rassemblement qui dans le meilleur des cas, garderaient dans cette configuration leur quota de départ. L’USFP et l’Istiqlal, qui sont représentés respectivement par 8 et 7 ministres, n’acceptent pas de réduire leur quota. D’ailleurs, ces deux formations locomotives qui contrôlent les meilleurs départements prient pour que cette donne ne soit jamais bouleversée.
À y regarder de plus près, M. Jettou, qui n’a jamais été chaud de changer son équipe, aurait appuyé l’idée d’un recadrage gouvernemental pour que les partisans du remaniement soient les premiers à l’abandonner.
Dans ces conditions, il vaudrait mieux laisser les choses en l’état plutôt que de se lancer dans une entreprise hasardeuse de nouveaux ministrables où les partis de la majorité ont plus à perdre qu’à gagner. En effet, pour les directoires des partis au gouvernement, il n’y a pire chose que le mécontentement des militants et la frustration des candidats à la ministrabilité. Pourquoi réveiller une base au risque de se la mettre à nouveau sur le dos avec des députés ? pourquoi casser ce beau consensus qui fait que les députés votent jusqu’ici sans moufter les projets de loi du gouvernement ?
En fait, si le RNI et la Mouvance populaire ne sont pas contents de ce gouvernement, ils n’ont qu’à le quitter. Et puis, la Constitution donne à la deuxième Chambre où les deux forces sont très bien représentées le droit de le faire tomber. Là où il faut faire preuve de courage politique pour bousculer les vieux réflexes qui paralysent la scène politique nationale, les partis et leurs leaders font tout par leurs patients calculs pour maintenir le statu quo. Résultat : rien de surprenant ne vient des structures partisanes : une initiative qui fasse réagir positivement et bouger le pays dans le bon sens, une action qui permette à la population de retrouver confiance dans la politique et lui fait penser que les choses commencent à change sérieusement … La situation est aujourd’hui telle qu’il est devenu extrêmement difficile de remanier une équipe gouvernementale…
Les ministres actuels, il faut faire avec, car, comme dit un adage très marocain, on ne change un ami que par un autre de moindre valeur. Ministres nous sommes, ministres nous restons.

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