Éditorial : Pragmatisme

Depuis les tragiques évènements de Casablanca, le Premier ministre technocrate Driss Jettou est monté au créneau  des actions politiques. C’est normal puisque l’heure est grave pour  cet homme qualifié de pragmatique qui conduit un gouvernement qui s’est cantonné dans la gestion de l’économie par l’économie de la politique. Les attentats du 16 mai ont chamboulé cette donne pour que le cabinet Jettou retrouve , dans la douleur,  la dure réalité du terrain social. Il est vrai que le rythme soutenu imposé par le Souverain a aiguillonné, voire bousculé ce gouvernement pour presser la cadence afin de revoir à la baisse la durée du calendrier initial de son programme. Même si l’on concède a Driss Jettou son esprit réactif et sa rapide adaptation à des circonstances exceptionnelles, il n’en demeure pas moins qu’il a suivi depuis sa nomination une fausse route qui l’a éloigné des attentes du Peuple.
La gestion comptable de l’économie est certes nécessaire pour les équilibres fondamentaux mais ne saurait suffire, à elle seule, à une gouvernance rationnelle qui ambitionne la proximité. La gestion de la proximité a été pourtant le point d’orgue de Sa Majesté le Roi qui, depuis son accession au trône, a fait et refait le tour du Royaume pour être à l’écoute du peuple. Le Souverain l’a démontré encore une fois, avec une célérité incroyable, quand il a visité des lieux des ’attentats, réconforté les blessés et les familles de victimes et passé à l’acte des réalisations socio-économiques. C’est cette dynamique Royale qui a poussé le gouvernement Jettou à sortir de sa coquille de gestionnaire pour accélérer son rythme et passer aux actions concrètes. Il est évident qu’après le 16 mai, l’inventaire des priorités a connu de sérieuses permutations pour parer au plus pressé dans un domaine social devenu explosif.
Après la découverte des nids de terrorismes dans les quartiers marginalisés comme celui de Sidi Moumen et autres bidonvilles des péripéties des grandes villes, il est normal que le programme de logement et de relogement soit devenu le fer de lance de toute politique sociale. Jettou a été acculé à changer de discours, de méthode et d’approche purement économique pour accélérer la lutte contre les habitats insalubres et toutes les tares et les avatars qu’ils enfantent. C’est dire combien la politique, sous toutes ses formes institutionnelles, partisanes et autres, est indispensable pour maintenir l’équilibre et la paix sociale dans son sens le plus général.
Autant dire sans détour que la responsabilité incombe au gouvernement mais aussi aux partis politiques qui, par leur inaction morbide, ont creusé un fossé social très profond et dangereux. Ce qui l’a rendu encore plus dangereux , c’est la prédominance des extrémistes qui ont profité de l’aubaine pour y ériger un pont d’intolérance et de violence qui couvait depuis longtemps sans qu’il réveille les consciences politiques.
Le réveil fut on ne plus brutal pour Driss Jettou, son cabinet, les partis politiques, la société civile ainsi que le patronat. L’heure n’est plus au discours pompeux, ni au corporatisme égoïste car le peuple a constaté qu’il le nourrit de chimères et qu’il lui fallait des actions concrètes pour assouvir sa faim.

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