Éditorial : Privilèges

Le gouvernement lance dans deux jours un appel d’offres international pour la cession en emphytéose de 100 mille hectares de terres agricoles à des investisseurs marocains et étrangers. Cette opération entre dans le cadre du plan dit de restructuration de la SODEA et de la SOGETA et qui devrait permettre à l’Etat de se désengager de ces deux entreprises publiques et solutionner ainsi un grand problème.
C’est une bonne initiative, affirme-t-on dans certains milieux proches du dossier alléguant que cette passation au profit des investisseurs privés est de nature à donner une nouvelle impulsion à la production agricole destinée à l’exportation et créer de nouveaux emplois dans le domaine de l’agriculture.
Ainsi, selon ce plan, l’Etat cédera les terres agricoles jusque-là gérées par ces deux entreprises publiques qui ne disparaîtront pas mais seront réduites à de simples structures ayant pour mission de contrôler et de superviser les accords de partenariat qui seront conclus avec les investisseurs privés. C’est bien, c’est justifié et c’est courageux de la part du gouvernement d’avoir eu l’audace d’affronter un problème que ses prédécesseurs ont préféré éviter. C’est en ces termes que l’on ne cesse de louer l’opération dans les coulisses de la Primature.
Toutefois, il y a un hic dans l’opération. Durant les deux dernières semaines, des réunions restreintes ont été tenues en Espagne dans certaines représentations régionales de la Confédération des entrepreneurs espagnols où il a été procédé à un « briefing » spécial sur cette opération. Et qui dit spécial, dit, en toute évidence, de l’information privilégiée.
Ainsi, alors que l’appel d’offres ne devrait être rendu public qu’à partir du 15 octobre, les détails techniques des conditions de cession ont été passés aux entrepreneurs espagnols intéressés par l’acquisition des terrains au Maroc. Ces futurs soumissionnaires ont eu droit à des explications détaillées sur les conditions de l’appel d’offres et la meilleure manière de confectionner leurs dossiers de candidatures afin de lui donner plus de chances d’être retenu.
Parmi les autres détails qui ont été transmis aux entrepreneurs espagnols, figure celui du prix moyen de la location en emphytéose qui sera appliqué et qui oscillera entre 100 et 500 euros par hectare.
Ces informations ont été transmises à la CEOE (l’équivalent de la CGEM au Maroc) qui, outre les détails de l’appel d’offres, s’est chargée d’informer à titre confidentiel les entrepreneurs espagnols que le gouvernement marocain est décidé à privilégier les dossiers espagnols.
Au Maroc, officiellement, rassurent les locaux en affirmant que l’appel d’offres est ouvert tant aux nationaux qu’aux étrangers. Or, pour qu’il y ait égalité des chances, il faut que l’accès à l’information soit aussi garanti à tous sans privilégier une partie au détriment de l’autre. Ce qui n’est pas le cas dans cette affaire. Ce qui suppose plusieurs questions sur la transparence dans la gestion de ce dossier.

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