Éditorial : Quelle vie après la retraite ?

Le gouvernement est décidé à dégraisser le mammouth de l’administration réputée pour être pléthorique avec des effectifs estimés à quelque 700.000 fonctionnaires. Cette armée nombreuse représente en termes de masse salariale annuelle près de 14 % du produit intérieur brut (PIB), soit 62 milliards de Dhs en 2005 suite à la valorisation du traitement de certaines catégories de la fonction publique. Une hérésie budgétaire. Pressé depuis longtemps par la Banque mondiale de réduire les dépenses de personnel en les ramenant à un étiage acceptable, le Maroc a concocté un nouveau plan de départs volontaires à la retraite après que le premier, qui s’est soldé par un échec retentissant, n’eut intéressé qu’une infime partie des 60.000 fonctionnaires ciblés (de l’échelle 1 à 9).
Avec des avantages alléchants à la clé, le deuxième programme, fin prêt, se veut plus attrayant et ambitionne de séduire cette fois-ci pas moins de 100.000 agents de l’État, tous grades confondus. Les promoteurs de ce projet ont-ils fait au préalable un sondage auprès d’un échantillon représentatif pour savoir d’avance si l’opération “retraites anticipées“ rencontrerait des échos favorables ? Autrement, de mauvaises surprises risquent de surgir derechef là où le gouvernement attend le succès d’une opération sur laquelle il mise beaucoup pour réduire les effectifs de l’administration.
En fait, il s’agit d’abord de connaître ce qui inciterait un fonctionnaire à se séparer volontairement et définitivement de son employeur. Autrement dit, une motivation financière quand bien même conséquente est-elle suffisante dans l’acte de persuasion ou bien la décision de partir relève-t-elle plutôt de la capacité à retrouver un autre statut social ? En somme, faute d’une retraite dorée, y a-t-il une vie après le travail avec l’État? Là, nous tombons dans le fond du problème.
L’angoisse pour l’intéressé du saut dans l’inconnu et de l’enlisement dans l’oisiveté dans un pays où les retraités en général n’ont pas, en dehors des parties de cartes et d’une routine pénible, d’espaces valorisants où passer leur temps utilement.
Dans ses scénarios optimistes, le gouvernement n’a pas réfléchi à cet aspect des choses, réduisant les encouragements aux départs à la retraite à une question d’indemnités alors que les candidats à cette opération ont certainement besoin, en plus de la motivation matérielle, de mesures d’accompagnement à même de les aider à se réinsérer socialement après leur séparation d’avec l’État. Sur le contingent des 100.000 personnes-cibles, combien ont la possibilité de se recycler dans le secteur privé, de s’installer à leurs propres comptes et de consentir de bon coeur de se complaire dans le chômage? Là, est la véritable équation. Il suit de là qu’il y a fort à craindre que la proposition du gouvernement ne passe pas comme une lettre à la poste et qu’il ne convainc pas grand monde. À moins que les responsables ne révisent en profondeur leur vision par rapport à la politique des départs volontaires à la retraite en tentant de répondre à cette question primordiale : si le candidat au départ sait ce qu’il va perdre (son gagne-pain) est-il sûr de ce qu’il va gagner en retour ?

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