Éditorial : Réagissez, bon sang !

Un nouveau scandale du sang contaminé est-il en train de naître au Maroc ? C’est ce que laisse en tout cas penser une enquête du journal anglais Times faisant état de quantités importantes de dérivés du sang contaminés par l’ESB (encéphalopathie spongiforme bovine, autre nom de la maladie de la vache folle) exportées par un laboratoire britannique avant 1999 vers de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe.
Le Maroc figure dans le lot avec 100 flacons. Dès que la nouvelle fut connue, nous avons tenté de contacter les responsables de la santé nationale pour recouper l’information en vue d’en savoir plus sur cette affaire. “ Nous n’avons pas connaissance d’avoir importé de dérivés du sang de Grande-Bretagne“, telle était en substance la réponse de nos interlocuteurs. Autrement dit, un démenti propre à bloquer le journaliste dans ses investigations alors qu’il suffisait de consulter les archives ( si tant elles existent !) pour livrer une réaction sans équivoque . Alors, les Anglais ont-ils commis une méprise en mentionnant le Maroc sur la liste des pays“victimes“ ? Très peu probable car on ne se trompe pas sur un dossier aussi grave. Alors de quoi s’agit-il ? Comme d’habitude, c’est le cafouillage qui a caractérisé l’attitude des uns et des autres sur fond de tentative de se rejeter la responsabilité en prévision de l’éclatement du scandale. Résultat des courses: notre pays n’est pas concerné par cette histoire de sang contaminé et par conséquent il ne faut pas se faire du mauvais sang. Circulez, il n’y a rien à voir… ?
Directrice du Centre national de transfusion sanguine, Noufissa Benchemsi a répliqué que l’ESB n’est pas transmissible par voie sanguine, avis scientifique que le directeur de l’Institut Pasteur de Casablanca Mohamed Hassar est loin de partager. Bonjour contradictions. Les mêmes que le pays a vécues en 1996 à l’occasion du scandale du sang contaminé (gammaglobulines) importé d’Espagne qui a vu l’accusé, Mohamed Moncef Benabderrazik, qui a du reste toujours crié son innocence, purger une peine d’emprisonnement.
Il va bien falloir tirer cette nouvelle affaire au clair. Les responsables doivent prendre les choses au sérieux et arrêter de se cacher derrière les communiqués anesthésiants dès que se pose un problème de santé publique. Nous sommes en train de connaître la même situation avec la rage qui nous a valu malgré la gravité de l’épidémie, de la part du ministère de la Santé, une réaction tendant à dédramatiser le problème. En vérité, ce département brille de plus en plus par son absence. Entre un ministre très peu réactif et des directeurs apparemment occupés, on ne sait plus qui est l’interlocuteur idoine en cas d’urgence. Alors que le dossier des produits dérivés contaminés par l’ESB suscite des remous dans les pays concernés, au Maroc on en est encore, la moue dubitative, à douter de la véracité de l’information.

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