Éditorial : Réhabiliter la femme

Depuis plus de trois ans, les mouvements féministes mènent avec acharnement une action militante très engagée pour le changement des lois discriminatoires qui aliènent les droits de la femme en tant que personne et en tant qu’institution incontournable dans le développement de la nation. Ces lois contribuent à la diabolisation de la femme rendant légitime son infériorité par rapport à l’homme. C’est la fameuse Moudawana dans sa formulation actuelle qui constitue l’entrave de base à toutes les tentatives de changement du statut de la femme. L’intervention royale en janvier dernier visait un règlement définitif de ce problème. Le texte du communiqué du Cabinet Royal a été très révélateur. En sa qualité d’Amir Al Mouminine, le Souverain a toujours été pour l’égalité, l’équité et l’entraide au sein de la famille. D’ailleurs, la notion de l’Ijtihad est relative à l’Islam en tant que religion de tous les temps de par la tolérance et l’ouverture qu’il véhicule. Par conséquent, l’Islam est adaptable sans pour autant que ses valeurs ne soient touchées. C’est le rôle de nos valeureux Oulémas. Mais la commission royale consultative chargée de la réforme de la Moudawana, avec Driss Dahak à sa tête, a montré ses limites. Du coup, un autre président, d’un autre acabit cette fois est désigné à la tête de ladite Commission. Il s’agit de Maître M’hammed Boucetta, un politique d’envergure nationale historique, connu pour sa sagesse et son savoir-faire. Le 12 septembre dernier, Me Boucetta a présenté au Souverain l’avant-projet du code de la famille, accompagné d’un rapport exhaustif sur le bilan des travaux que la Commission venait d’achever dans les délais que le Souverain lui avait fixés dans le discours royal adressé à la nation le 20 août dernier. Depuis, les spéculations vont bon train, accouchant d’une nouvelle formule qui préconise que les changements observés par la Commission ne sont pas si radicaux que ça. Les changements se résument à rendre difficiles les injustices tout en constituant un rempart devant les inégalités les plus flagrantes à l’égard de la femme. Nombre de personnalités, au sein comme en dehors de la Commission ont poliment refusé tout commentaire et ont préféré attendre. En off, il se murmure parmi certaines militantes du mouvement féministe qu’il y a de fortes chances que les experts désignés par le Souverain se seraient contentés d’améliorer des procédures du code du statut personnel, et non sa refonte comme elles le concevaient. Pourtant les mêmes associations avaient souligné lors de la première réunion tenue avec le nouveau président de la commission Royale chargée de la révision de la Moudawana et durant laquelle lui a été remise la plate-forme de leur revendication, que la rencontre fut positive, tout en considérant que la composition de la commission est connue par la prévalence du courant conservateur. Le comble, c’est que le contenu du code du statut personnel ou la Moudawana demeure ignoré par la majorité des Marocains. Une situation paradoxale lorsque l’on sait que cette Moudawana est l’entrave principale au changement de la situation de la femme. Affaire à suivre.

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