Éditorial : Réinventer le droit de grève

Un climat malsain règne depuis quelques mois dans certains secteurs dépendants du ministère de l’Agriculture, notamment la Conservation foncière. Ici, les grèves à répétition s’enchaînent les unes après les autres paralysant une activité vitale pour les usagers. L’affaire tourne à un mauvais feuilleton. 
En guise de réaction à une situation devenue intenable, le ministre de tutelle a décidé de frapper fort.  Déduire les jours non travaillés du salaire des grévistes. En cela, il s’est basé sur le projet de loi réglementant le droit de grève toujours en discussion. Protestation énergique de l’UMT qui dénonce une décision illégale puisque ce projet n’a pas encore été voté par le Parlement pour qu’il devienne une loi applicable. Le bras de fer continue sur fond de querelle syndicalo-ministérielle.
Faisant partie du package constitué du nouveau code de travail qui a obtenu le consensus de l’ensemble des partenaires sociaux en avril 2003,  cette loi est trop importante pour ne pas l’adopter rapidement. Mais les syndicats traînent anormalement des pieds là où ils sont censés accélérer la cadence pour doter le pays d’un arsenal juridique qui organise la revendication sociale sur des bases saines et transparentes.
Comment expliquer ce blocage qui perdure ? Les syndicats rechignent-ils à mettre de l’ordre dans les mouvements de protestation de leurs adhérents ? Certes, la grève est un droit garanti par la Constitution qui permet à la classe travailleuse de défendre ses intérêts, mais il faut aussi en faire bon usage de telle sorte de ne pas bloquer la machine économique de manière intempestive et éviter les occupations sauvages d’usines comme on l’a vu au cours de ces dernières années.
Justement, l’objectif de réglementation du droit de grève vise à épuiser tous les moyens de concertation et de négociation prévus par le projet de loi avant de s’engager dans une action de cessation de travail préjudiciable aussi bien à l’employé qu’à l’employeur.
Alors à quoi jouent les syndicats dont l’accord était acquis selon le gouvernement ? Craignent-ils de perdre un moyen de pression énorme en participant à la réglementation du droit de grève? Il est vrai que cette réforme représente une petite révolution dans un pays où les rapports entre patronat et syndicat ne sont pas un modèle en matière de dialogue et d’entente. Bien au contraire. Il est temps de reconsidérer les relations entre les deux parties dans un sens qui accompagne les défis du Maroc en matière d’investissements et de résorption du chômage.
Le code du travail, salué au Maroc et à l’étranger comme une évolution importante et un signal fort en direction des investisseurs, resterait incomplet sans une pratique nouvelle du droit de grève selon une approche où tous les intérêts sont préservés, aussi bien des patrons que des travailleurs.  

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