Éditorial : Rendez-vous avec l’Histoire

Un événement dans l’événement. Le sommet arabe qu’abrite Alger du 22 au 23 mars et la présence, pour la première fois depuis son accession au Trône en juillet 1999, de S.M le Roi Mohammed VI dans la capitale algérienne dans le cadre de ce sommet. Les observateurs des soubresauts d’un Maghreb désuni et déchiré  accordent un grand intérêt au déplacement royal chez le voisin de l’Est. Les deux frères-ennemis, principaux pays de la région, vont-ils à cette occasion écrire une autre page de leur Histoire ? Le scepticisme est permis.   
En tout cas, si les images ont un sens et sont sincères, celles relatives à  l’accueil du Souverain à son arrivée à l’aéroport Houari Boumediene sont porteuses d’espoir. Les téléspectateurs des deux pays, le Maroc et l’Algérie, ont vu un Abdelaziz Bouteflika tout sucre tout miel embrasser son hôte marocain avec une chaleur teintée de déférence. Les hymnes de l’un et de l’autre voisin ont retenti dans le ciel d’Alger comme une promesse de grandes retrouvailles. Soudain, les peuples des deux côtés de la frontière se sont pris à rêver d’une éclaircie dans les relations maroco-algériennes longtemps inscrites sous le signe de la tension et d’une guerre froide. Pour qui voit ce spectacle protocolaire pour la première fois penserait que tout baigne dans le meilleur des mondes entre les deux pays, que l’entente entre le Roi du Maroc et le président algérien ne s’est jamais démentie. Et pourtant, ce ne sont que des apparences. La frontière terrestre maroco-algérienne reste fermée depuis 1994. Les deux parties se regardent en chiens de faïence alors qu’ils ont tout à gagner à s’ouvrir l’un sur l’autre et à coopérer ensemble. C’est la volonté de Rabat mais pas celle d’Alger. La première capitale, dans un geste de dégel, a aboli il y a quelques mois le visa pour les ressortissants algériens mais la seconde, qui s’est sentie bizarrement offusquée, n’a pas jugé utile de faire de même pour les Marocains. Toujours cette méfiance qui semble être une seconde nature chez les hommes au pouvoir à Alger.      
Et dire que les acteurs du sommet arabe, abrité par Alger, appellent tous à l’unisson pour que les régimes arabes transcendent leurs divergences et leurs querelles et donnent une grande chance à la coopération économique. Mais les faits ne cessent de contredire les discours. Les Arabes ont raté leur siècle.  
À moins que les responsables algériens n’aient décidé de revenir à de meilleurs sentiments envers le Maroc en abandonnant leurs visées sur le Sahara marocain, les rapports entre les deux pays sont condamnés à la tension permanente. Et l’Union du Maghreb arabe, pour le moment un projet mort-né, ne dépassera jamais le stade de vœu pieux. Le Maroc est cohérent avec lui-même, œuvrant sincèrement pour un Maghreb politiquement uni et économiquement intégré. En faisant le voyage d’Alger, S.M le Roi Mohammed VI se projette dans l’avenir. Aux dirigeants algériens de ne pas “sécher“ de nouveau le rendez-vous avec l’Histoire.

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