Éditorial : Révélations inédites

La déposition de Noureddine Nafiaâ alias Abou Maâd est une mine de renseignements sur le groupe islamique des combattants marocains (GICM) et ses ramifications en Europe et au Canada. Le nom de cette organisation figure dans le procès-verbal de son interrogatoire, mené en août 2003 par l’officier principal de la PJ de Casa-Anfa Aziz Kamal Idrissi suite aux attentats terroristes de Casablanca où Abou Maâd a été condamné à 20 ans de prison. Autrement dit, le GICM n’est pas apparu avec les attaques terroristes de Madrid.
Cette nébuleuse, ce membre important en a fait une description circonstanciée. Des noms, des dates, des lieux et des faits. Au fur et à mesure de son récit où les pistes se mêlent et s’entremêlent , se précisent les contours d’une organisation terroriste tentaculaire, décidée à exporter “le Jihad“ un peu partout dans le monde y compris au Maroc. Ce qui frappe dans les révélations de Noureddine Nafiaâ c’est la capacité incroyable des membres du GICM à se déplacer à travers les pays européens et arabes grâce à de vrais-faux passeports. L’intéressé a fait fréquemment et sans être inquiété le voyage du Danemark, Suède, Afghanistan, Pakistan, Syrie, Turquie, Iran, Italie, Belgique, Espagne et Arabie Saoudite pour le pèlerinage. Tantôt avec son premier passeport obtenu légalement en 1988 renouvelé en octobre 2002 par le consulat du Maroc en Turquie en octobre 2002 tantôt avec de faux-passeports portant de fausses ou de vraies identités, ce Marocain de Meknès, qui est passé par les camps d’Afghanistan, a sillonné de nombreuses capitales du monde comme un poisson dans l’eau avec comme mission de jeter les bases de la GICM.
À ces multiples occasions, il a rencontré de nombreux “collègues“ et même Ousamma Ben Laden et son bras droit Ayman Addawahiri auxquels il a fait part de l’intention du GICM d’organiser des attentats au Maroc. Les deux hommes ont donné leur onction à ce projet terroriste. Les aveux de Nouredine Nafiaâ montrent que le GICM est une structure dérivée d’Al Qaïda et dont les militants sont des supporters très imprégnés des thèses meurtrières du gourou saoudien.Noureddien Nafiaâ a cédé aux sirènes de l’intégrisme alors qu’il était encore au Maroc. C’était suite à sa fréquentation assidue des cercles de l’antenne de l’association Adaâwa Wa Tabligh à Méknès. Embrigadé intellectuellement par les théoriciens de la Salfia Jiahdia, il se rend en 1988 en Allemagne où il est pris en main par les papes extrémistes de la tendance Talaiaa Al Islamiya.
Combien de jeunes Marocains comme Noureddine Nafiaâ aussi bien au Maroc qu’à l’étranger ont-ils été conditionnés par les marchands du terrorisme au nom de la religion ?
Apparemment, les autorités marocaines étaient dans l’ignorance totale de ce qui se passait. Elles ont même fermé l’oeil pour ne pas dire encouragé des bataillons de jeunes à aller combattre l’occupant soviétique en Afghanistan. En fait, nombre de pays à commencer par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ont, pour lutter contre le communisme, financé et armé cette nouvelle race de combattants placés sous le commandement d’Oussama Ben Laden. C’est dans les camps de Kandahar et Peshawar que cette armée non conventionnelle divisée en légions issues de différents pays arabes a décidé après le départ des troupes soviétiques d’exporter le Jihad dans ses pays respectifs dans l’espoir d’installer la Khilafa dans le monde arabe. Autrement dit, Washington et ses alliés ont contribué à enfanter des monstres qui se sont retournés contre eux.

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