Éditorial : Risque

Il y a huit mois, la capitale du Souss avait abrité la signature de l’Accord d’Agadir qui donnait naissance à un nouvel espace de libre-échange regroupant outre le Royaume, la Tunisie, l’Égypte et la Jordanie. Lors de la cérémonie de signature de cet accord, les représentants des quatre pays signataires ont été unanimes sur la portée stratégique du pas qu’ils venaient de franchir. C’est une initiative inédite dans le monde arabe, disait-on avec fierté.
Certes, le fait que quatre pays représentant à la fois l’Orient et l’Occident du monde arabe franchissent toutes les barrières psychologiques, techniques et politiques et réussissent à se mettre d’accord pour se regrouper dans un espace économique unifié est un exploit.
Mais, ce qui est regrettable est que pour parvenir à un accord ayant une grande portée politique et géostratégique, le côté économique, qui représente la base de l’Accord, a peut-être été sacrifié dans l’intérêt du politique.
C’est pour cela qu’aujourd’hui, les opérateurs économiques nationaux commencent à sonner l’alarme quant aux risques et problèmes qui seront engendrés par l’entrée en vigueur de cet accord en janvier 2005.
Pour eux, certains secteurs de l’économie nationale risquent de connaître une grande crise et risquent même de disparaître. Ils expliquent cette position par le fait que nos trois cosignataires à savoir la Jordanie, l’Égypte et la Tunisie vont inonder le marché national avec des produits très compétitifs qui provoqueront un arrêt total de l’activité industrielle dans certains secteurs. Dans le cas du ciment, par exemple, les professionnels du secteur estiment que le prix de ce produit en Égypte est largement inférieur à celui produit au Maroc. À Partir de janvier prochain, le marché national sera inondé du ciment égyptien ce qui représente un grand risque pour les cimenteries nationales. Mais, au-delà de l’accord d’Agadir, le problème devrait être posé dans une dimension plus large à savoir la politique des accords de libre-échange et son impact sur l’économie nationale. Ainsi, si, aujourd’hui, nous avons signé des ALE avec les pays arabes, avec les Etats-Unis, l’Union européenne et la Turquie, nous sommes en train de négocier neuf autres accords. Et si l’on ajoute à cela le débarquement massif des produits chinois, il est logique et donc légitime de s’inquiéter sur le sort de l’économie nationale. Car, en fin de compte, si l’on signe des accords avec des pays dont les produits sont très compétitifs avec les nôtres, que deviendront nos industriels ? et que fera-t-on face aux centaines de milliers de postes d’emplois qui seront perdus ?

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