Éditorial : Sale temps pour les héros

Deux prisonniers marocains de Tindouf libérés récemment alors que leur état de santé est critique. L’un d’eux, Mohamed Lahmadi, vient de décéder dans un hôpital de Marrakech des suites d’un cancer qui le rongeait depuis plusieurs années. En fait, il ne s’agit pas d’une libération : le Polisario s’est empressé de se débarrasser de détenus condamnés qui ont attrapé des maladies graves dans des conditions effroyables faites de privations diverses, de torture morale et même physique. La mort de M. Lahmadi ressemble dans des circonstances pareilles à un assassinat survenu lentement mais sûrement. C’est cela la réalité dans toute son horreur.
La clique à Abdelaziz et son protecteur algérien ne doivent pas avoir la conscience tranquille si tant ils en ont eu un jour par rapport au dossier des prisonniers de guerre marocains détenus encore dans les geôles de Tindouf contre toutes les règles du droit international et humanitaire.
Et pourtant, les autorités marocaines n’ont eu de cesse d’appeler à l’élargissement sans conditions de tous les prisonniers qui croupissent encore sur le sol algérien depuis plus de 25 ans. La communauté internationale aussi par la voix de la Croix Rouge. Pour le moment, l’Algérie fait la sourde-oreille et le Polisario procède régulièrement, selon un scénario immuable, à des libérations au compte-goutte qu’il marchande du reste de manière éhontée. Jusqu’ici, un millier de prisonniers a pu quitter au fil des ans les mouroirs de Tindouf. Pour la plupart, dans un état dramatique. Avec des séquelles psychologiques et physiques graves.
Des loques humaines. Mais ces damnés de la terre, livrés à eux-mêmes, ne sont pas au bout de leurs souffrances. Une fois au pays, ils se retrouvent face-à-face avec une réalité encore plus effroyable. Au dénuement moral s’ajoute souvent la mouise totale.
Aucune structure pour les prendre en charge et les aider à se réinsérer dans la société avec tout ce que cela suppose comme emploi, suivi psychologique et logement. Le pays qui a indemnisé les victimes des années de plomb et créé l’Instance Équité et Réconciliation serait-il incapable de prendre à bras le corps les problèmes d’une poignée d’individus qui ont de surcroît sacrifié leur vie pour la défense de la mère-patrie ? Même les organisations des droits humains marocaines, ce qui est incompréhensible, n’ont pas bougé le petit doigt pour défendre les droits légitimes de cette catégorie vulnérable et meurtrie qui n’aspire qu’à vivre chez elle dans la dignité. Y’aurait-il des causes plus défendables que d’autres ? En fait, tout se passe comme si les pouvoirs publics étaient gênés par le cas de ces hommes qui reviennent de loin alors qu’ils méritent le respect et l’admiration de tous. Le Maroc leur doit beaucoup. S’occuper d’eux et de leurs familles est la moindre des choses. Sauf à considérer qu’ils sont bons à souffrir ici comme ils ont souffert ailleurs.

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