Éditorial : Sénilité politique

La politique est à l’image de l’enseignement chez nous, elle produit des chômeurs en puissance. Dans ce domaine, les débouchés sont bouchés non par un manque d’investissement , mais parce que les leaders et les cadres des partis ne partent jamais en retraite. Les postes sont donc constamment occupés et les jeunes vieillissent dans les multiples salles d’attente des partis. Face à ce constat, il demeure quand même très curieux que l’on soit surpris à chaque échéance politique que les jeunes rechignent à y adhérer. D’autant que la formation politique reste à l’état embryonnaire chez des partis peu ou mal structurés et manquant de moyens humains et matériels nécessaires à un bon encadrement. On peut affirmer, sans ambages donc, qu’il n’existe pas un cursus pour une carrière politique. Comme dans toutes les démocraties ancrées, l’homme politique passe par toutes les étapes partisanes pour arriver au haut de la pyramide. Depuis son affiliation en tant que membre à un jeune âge, il fait le parcours du combattant en passant par la section locale avant d’escalader l’escalier de la promotion en intégrant la direction locale, puis régionale pour, enfin, s’envoler de ses propres ailes vers la direction centrale. Chez nous la promotion ne se fait pas selon le mérite et l’ancienneté, mais elle est devenue synonyme d’affiliation familiale, de clientélisme et d’intérêt. Comme les dirigeants de partis politiques ne pensent pas à la relève et à la qualité de l’encadrement, ils finissent un jour par découvrir qu’ils manquent de jeunes compétences dans le parti. La meilleure illustration de ce réveil tardif s’affiche quand le parti est appelé à participer au gouvernement. Faute de militants ministrables, les leaders en créent en allant les chercher dans la société civile pour leur coller une étiquette partisane. C’est dire combien notre classe politique a vieilli à l’image de ces dirigeants de partis qui rechignent à quitter leur poste malgré les aléas de l’évolution du temps et de l’âge. Quand on sait que des caciques traînent le pas depuis le début de l’indépendance, il est normal que nos partis soient aussi désorganisés et minés par des luttes intestines infantiles. Il est encore plus normal que les conflits de génération soient aussi fréquents entre la caste dirigeante et une jeunesse du parti marginalisée et écartée des sphères de décision. Face à l’absence de tout plan de carrière et à la prédominance de la vielle garde, les jeunes ne cessent de déserter la politique. Certains diront que le politique n’a pas d’âge et qu’il sert toujours son pays malgré les rides politiques. C’est vrai dans certains cas à condition, bien sûr, qu’il soit élu démocratiquement, et donc cautionné par sa base, et qu’il n’accapare pas le pouvoir et le parti. Mais il faut qu’il aille jusqu’au bout de sa ténacité quitte à se faire rattraper par la sénilité et faire chavirer le bateau sans même s’en rendre compte. Vivement une loi sur les partis politiques qui régulerait le fonctionnement de la classe dirigeante et rendrait justice aux bases militantes !

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