Éditorial : Thérapie collective

C’est fou ce que le peuple marocain a vécu comme moments d’intense liesse suite à la victoire sans appel, mercredi 11 février, du Onze national sur l’équipe de Football du Mali (4 à 0). La joie sans limites et spontanée étalée à cette occasion aux quatre coins du pays après cet exploit qui a mené les hommes de Zaki à la finale de la CAN était manifestement plus forte que celle exprimée après leur victoire sur l’Algérie en quarts de finale.
Le bonheur qui monte donc crescendo des tréfonds d’une population en délire qui, par deux fois, a pris d’assaut rues et boulevards dans un spectacle sans précédent. Hommes, femmes, jeunes et moins jeunes…Tout le monde est en extase. Si le Maroc remporte le trophée de cette manifestation continentale, la fête populaire promet d’être encore plus puissante.
Formidable thérapie de choc collective provoquée de Tanger à Lagouira par la bonne prestation de l’équipe nationale. Tout un peuple qui vibre au rythme du football, faisant preuve à l’occasion d’un élan patriotique extraordinaire. Ce sport populaire serait-il la véritable et unique valeur capable de rassembler les citoyens au-delà de leur origine sociale ? Ce sont les mêmes citoyens qui, le soir du 16 mai 2003 après les attentats de Casablanca, ont erré dans les rues, choqués et hagards, ayant du mal à comprendre ce qui est arrivé. Environ 10 mois après, des foules bon enfant, brandissant les couleurs nationales, ont donné libre cours à leur joie sous le regard sympathique des forces de l’ordre. Deux événements de la même dimension. L’un a plongé les Marocains dans une consternation et un deuil sans précédant entraînant quelques jours plus tard une manifestation énergique contre le terrorisme, alors que le second, beau et magique, a suscité la renaissance joyeuse de tout un peuple autour de son équipe de football. C’est beau une nation qui régénère d’un seul coup au soleil réparateur du foot. À travers ce sursaut spectaculaire de tout un peuple, les Marocains, qui ont laissé libre cours à leur joie en public, ont montré qu’ils avaient besoin d’un exécutoire. En ces temps de morosité et de défaitisme, la soif de s’extérioriser et de se défouler dans un esprit de responsabilité était très manifeste. Le pouvoir des exploits de l’équipe nationale était tel qu’il a relégué tout au second plan. Rien ne peut résister à la déferlante du ballon rond. Une petite balle qui fait de grands moments.
Les autorités locales des grandes villes comme Casablanca ont pris à cette occasion une courageuse initiative en installant des écrans géants en plein air. On aurait mauvaise grâce à ne pas saluer cette action de M’Hamed Dryef qui a permis à plusieurs centaines de citoyens de suivre de cette façon les deux matchs du Maroc (contre l’Algérie et le Mali). Le plus simple aurait été de ne rien faire dans la logique habituelle au Maroc de “pas d’initiative, pas de risque“, quitte à priver les habitants d’une fête footbalistique de grande importance. À rebrousse-poil de ces réflexes, M Dryef a fait son travail en prenant à l’avance toutes les précautions nécessaires en collaboration avec les forces de l’ordre. Moralité: c’est dans l’action et non dans l’interdit que les paris, mêmes les plus risqués se gagnent.

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