Éditorial : Toute la vérité

L’affaire de l’arnaque aux emplois fictifs, perpétrée sur une grande échelle au Maroc et qui a fait des dizaines de milliers de victimes, est en train de connaître, comme prévu, de nouveaux rebondissements. Le gouvernement Jettou ne pouvait et ne pourra en aucun cas faire l’impasse sur l’un des scandales les plus graves que notre pays ait connus.
À l’issue du dernier Conseil d’administration de l’Agence nationale pour l’emploi et les compétences, la fameuse Anapec qui a été à l’origine de l’implication des pouvoirs publics dans cette escroquerie, le gouvernement a décidé de porter le dossier devant la justice et d’ouvrir les investigations qui s’imposent pour délimiter les responsabilités et engager les actions judiciaires pertinentes à l’encontre des fautifs.
Symboliquement, c’est un acte important qui témoigne aux yeux de l’opinion publique et des victimes en premier lieu de la volonté de ce gouvernement de faire la lumière sur cette ténébreuse affaire. La célérité avec laquelle ces procédures seront engagées, l’adresse qui sera mise dans le traitement des dossiers des victimes en vue de leur indemnisation, les compétences de ceux qui seront amenés à s’occuper directement de ce dossier devront nous éclairer davantage sur les véritables intentions du gouvernement et sur la portée de ses dernières déclarations en la matière.
Mais, d’ores et déjà, il est tout à fait clair qu’il existe une réelle volonté de noyer le poisson et de diluer les responsabilités de ceux qui, pendant des mois, ont joué les rabatteurs pour les auteurs de l’escroquerie et ont, par leur attitude et leurs déclarations péremptoires, induit des dizaines de milliers de citoyens en erreur et les ont embarqués dans une galère sans issue. Le directeur général de l’Anapec, les responsables de la clinique Dar Salam à Casablanca et le ministre de l’Emploi de l’époque, savent qu’ils ont couvert activement les agissements des escrocs d’Al Najat et qu’ils se sont rendu complices, dans les faits, d’un vaste racket, révélant, dans le meilleur des cas un manque de compétence notoire et un défaut de discernement grotesque, et dans le pire une irresponsabilité et un manque de scrupules scandaleux. S’enfermer dans une forme d’autisme aiguë, crier au complot des autres, de tous les autres, se complaire dans la paranoïa et dresser un écran de fumée devant toute tentative de débusquer les vrais coupables, à l’échelle nationale, c’est-à-dire ceux qui savaient que l’opération Al Najat couvrait en fait une escroquerie portant sur plusieurs millions de dirhams dont le cheminement passe obligatoirement par la clinique qui constitue une sorte de guichet unique de l’arnaque. Voilà la ligne de conduite choisie par ceux qui, aujourd’hui, pratiquent la politique de la fuite en avant et de la mise en cause des services de renseignements, des concurrents politiques et des médias pour justifier ou couvrir leurs graves défaillances et leur propre aveuglement.
Pour des raisons d’équité et d’éthique, il est indispensable d’ouvrir un large débat autour de ce dossier et de dire la vérité, toute la vérité sur les responsabilités des uns et des autres. La nécessité de dissiper le discrédit qui a éclaboussé les pouvoirs publics dans cette affaire appelle des décisions courageuses et un langage de franchise pour au moins dissuader ou prévenir de telles catastrophes dans l’avenir.

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