ÉDITORIAL : Trafic

Les interrogatoires des militants de la Salafiya Jihadia arrêtés dans le cadre de la lutte antiterroriste ont confirmé que cette organisation offrait un soutien logistique aux activistes de l’organisation terroriste d’Al Qaïda en leur procurant des passeports marocains. Ces documents de voyage permettaient aux adeptes d’Oussama Ben Laden de se déplacer à travers le monde sous de fausses identités sans être soupçonnés par les services de sécurité des pays qu’ils traversaient. D’ailleurs, le choix des terroristes de cette nébuleuse des passeports marocains n’est pas fortuit. Sachant que les citoyens marocains jouissent dans les pays européens d’une bonne réputation caractérisée par le rejet de la violence et par le choix d’un islam modéré, les terroristes ont opté pour l’identité marocaine. Le passeport marocain permettait à bon nombre d’entre eux de passer inaperçus lors de leurs déplacements entre l’Europe, le Proche-Orient et l’Afghanistan. Ainsi, les aveux de certains membres de la Salafiya Jihadia ont révélé que le trafic des passeports marocains était l’une des principales activités criminelles de cette nébuleuse intégriste. Les membres de cette mouvance chargés de « l’approvisionnement » en passeports avaient mis sur pied un système bien organisé et qui fonctionnait par enchaînement. La première étape, qui consiste à se procurer des passeports, se faisait via trois moyens : le vol, l’achat ou l’offre par un sympathisant de la Salafiya Jihadia. Ainsi, le vol était assuré par des bandes criminelles qui s’adonnaient aux agressions contre les biens et les personnes. Il s’agit, par exemple, de la bande dirigée par « l’émir du sang » Youssef Fikri. En effet, lorsque des passeports sont trouvés parmi les avoirs de l’une de leurs victimes, ce document est tout de suite mis à la disposition de l’organisation terroriste afin qu’il soit envoyé en Afghanistan ou ailleurs pour être utilisé par les membres d’Al Qaïda. La deuxième option pour se procurer ce précieux document de voyage était de l’acheter. Et, généralement, cet achat se faisait auprès de bandes criminelles s’adonnant au vol et qui n’ont rien à voir avec les mouvements intégristes. Mais, il arrivait aussi que des personnes vendent leur propre passeport sous l’effet du besoin. Selon les conclusions des services de sécurité qui mènent l’enquête, le montant qui est offert, dans ce cas, varie généralement entre 1500 et 2000 dirhams. Le plus souvent, ces sommes sont payées par des personnes chargées de la coordination avec l’organisation d’Al Qaïda à l’étranger comme le dénommé Ahmed Rafiki alias Abou Houdaïfa. La troisième voie d’obtention des passeports marocains est celle de convaincre certains militants de mouvements islamistes que mettre son passeport à la disposition des « frères » est un acte de Jihad. Enfin, il est à signaler que la découverte de ce trafic a suscité chez les autorités compétentes une réflexion sur les moyens à même de sécuriser davantage le passeport marocain afin d’éviter son utilisation dans des actes criminels.

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