Éditorial : Transparence

Le ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale prévoit pour fin 2004 des flux en direction du Maroc de pas moins de 5 millions de touristes. Ainsi la vision 2010, qui table sur 10 millions de touristes à cette échéance, tient-elle ses promesses à mi-parcours. A priori, on ne peut qu’applaudir une telle performance exceptionnelle qui souligne la bonne santé d’un secteur érigé en priorité économique et l’aboutissement des efforts déployés par l’administration de tutelle.
Sauf à verser dans l’optimisme béat en entonnant un alléluia de bonheur sans une once de critique, il y a lieu de s’interroger sur le moteur de cette croissance, il faut le dire, surprenante, voire fulgurante. En fait, personne n’a cru à une telle progression. Après le tripatouillage des élections, le trucage des chiffres du tourisme ? À un moment où les professionnels se plaignent du tassement de l’activité, voilà que les statistiques officielles font ressortir un rebond de près de 19%. Quel crédit leur donner ? Faut-il les prendre pour argent comptant ? Qui croire ? Le ministère ou les opérateurs ? Le département de tutelle a-t-il cédé à la tentation de bidonner les chiffres ? En tout cas, il y a un gros problème dès lors que les chiffres de l’une et de l’autre partie sont contradictoires. La déroute n’en est que plus grande. On a toujours dénoncé le manque de concordance du nombre des touristes qui séjournent au Maroc si bien que l’on ne sait plus qui dit vrai et qui tient les bons chiffres. En fait, il y a urgence à s’entendre une fois pour toutes sur ce qu’on entend par touriste. La qualité de touriste ne doit pas être reconnu à n’importe quel étranger qui se rend au Maroc. Le touriste est celui qui voyage dans le cadre du tourisme international de séjour (TIS). C’est ce profil qui fréquente les hôtels classés en se comportant en véritable touriste qui consomme et achète. C’est ce tourisme-là, pourvoyeur de devises, qui pèse dans la balance du secteur.
À partir de là, il est facile de comptabiliser les entrées touristiques : il suffit de se baser sur les fiches de police ( et non sur les entrées aux postes frontières) remplies par chaque touriste quand il se présente à la réception de l’hôtel pour prendre la clé de sa chambre. Les données qui figurent dans ce document permettent de faire la distinction entre un touriste national et un touriste étranger. Ce qui devrait permettre aussi de connaître la part des nationaux et celle des internationaux. Ceci suppose, bien entendu, que les hôteliers déclarent l’ensemble des clients qui ont séjourné dans leurs établissements. La transparence n’est pas une chose compliquée. Pourvu que la volonté y soit et que la méthode de calcul des flux soit uniforme et fiable.
C’est l’unique moyen de mettre fin à la guerre des chiffres qui accompagne depuis plusieurs décennies l’activité touristique et décrédibilise l’ensemble du processus. Une chose est sûre : le mensonge n’arrange pas la cause du secteur. Au contraire. Pour avancer réellement, celui-ci a besoin de vrais indicateurs et de vraies données qui emportent l’adhésion de tous. C’est d’abord dans la transparence que réside le gage du développement du tourisme marocain.

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