Éditorial : Un médecin en chasse un autre

Tous les regards des observateurs politiques sont tournés vers les assises du PJD qui se tiennent ce week end (samedi 10 et dimanche 11 avril) pour renouveler ses instances et élire son nouveau secrétaire général qui succèdera au Dr Abdelkrim Al Khatib après sa décision récente de se retirer définitivement de la vie politique.
Événement national, le congrès de la formation islamiste légalisée représente un test pour les membres du conseil national appelés à choisir les candidats et à élire parmi eux le nouveau leader du parti. Un nom émerge du lot depuis quelque temps : il s’agit du secrétaire-général adjoint Saâd Eddine Al Othmani, un homme de dialogue réputé pour être un modéré très apprécié au-delà de la classe politique où il ne compte du reste que des amis. Si ce psychiatre de profession est porté à la tête du parti, cela a une signification politique de taille : le PJD serait, selon une grille de lecture de premier degré, un parti maîtrisé dont les membres ou leur majorité sont en phase avec les idées de leur chef. C’est le scénario prévu sauf surprise de dernière minute qui verrait l’adoubement d’un autre prétendant qui s’est signalé ces derniers temps par des documents par voie de presse sur sa vision de la monarchie et de la démocratie au Maroc. Il s’agit de Mustapha Ramid qui a la réputation, juste la réputation, d’être un extrémiste sensible aux thèses peu orthodoxes du Mouvement réforme et Unicité (MUR) de Ahmed Raïssouni (Voir Alm n° 613). Si M. Ramid obtient la confiance des siens, cela veut dire que les courants radicaux ont pris le pouvoir à l’intérieur du parti.
En fait, ce cas de figure est peu probable car les islamistes du PJD, un parti inféodé au MUR, sont trop intelligents pour se mettre en première ligne au risque d’effaroucher les autorités du pays qui les tiennent moralement responsables des évènements du 16 mai. Depuis ce massacre, le PJD et ses figures adoptent un profil bas assimilé par certains à un signe d’assagissement. Qu’en est-il réellement ?
Une chose est sûre : les amis de Ramid ont toujours besoin d’un responsable modéré à l’image de M. El Khatib à la tête du parti. Dans ce rôle, Saâd Eddine Al Othmani est l’homme de la situation. Personnage consensuel qui a ses partisans dans le parti, proche des sphères du pouvoir qui apprécient son esprit d’ouverture, cet islamiste BCBG incarne le changement dans la continuité. Pourquoi changer une stratégie gagnante ? Sauf que cette fois-ci, M. Al Othmani doit composer avec une ligne dure incarnée par Mustapha Ramid qui jouera officiellement et ouvertement la petite musique du MUR dont il a annoncé la couleur dans ses documents publiés dans la presse.
Là où Saâd Eddine Al Othmani ne voit qu’un signe de pluralisme et de démocratie- chacun étant libre de défendre ses idées- certains pourraient déceler, à raison, une évolution du PJD conformément à leur fameuse “politique des petits pas“ et de la formule selon laquelle “ce n’est jamais l’heure avant l’heure“.

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