Éditorial : Urgences

La conférence de presse de Fathallah Oualalou est un moment d’information essentiel pour l’ensemble des opérateurs économiques comme pour l’opinion publique en général. Le ministre des Finances donnait en fait une radioscopie de l’économie marocaine, à l’orée d’un nouvel exercice budgétaire, mais aussi et surtout, il présentait la feuille de route économique et financière de la nouvelle équipe gouvernementale, à trois mois de son entrée en fonction.
La première remarque que suscite cette prestation est d’ordre général et concerne la symbolique même du maintien de M. Oualalou dans le département des Finances après avoir servi dans les deux gouvernements Youssoufi dans les mêmes fonctions, à peu de choses près. Un maintien qui peut être apprécié soit, comme le suggèrent les responsables de l’USFP, sous l’angle de la continuité de la même politique économique nationale, en dépit du changement de la coloration et de la composition du nouveau Cabinet. Soit, comme le disent ceux qui sont plus critiques envers le ministre, que cela fait longtemps que celui-ci était acquis à une gestion «technocratique» de ce département, et qu’il avait cessé, en quelque sorte, d’être un « politique» depuis qu’il s’est converti à l’orthodoxie du maintien des grands équilibres et de la rigueur budgétaire la plus formelle.
En filigrane de cette thèse, se profile la question de savoir dans quelle mesure une politique autre était possible, dans un contexte qui se caractérise notamment par la marge de manoeuvre très réduite des politiques économiques nationales, notamment des pays en voie de développement, pris dans les rouages d’une globalisation économique mondiale qui ne tient pas réellement compte des intérêts de ces pays.
La question est d’autant plus d’actualité que le contexte international actuel vient renforcer l’impression que les facteurs les plus déterminants sur les performances de notre économie, comme de celles des économies de pays similaires, sont indépendants de la volonté des opérateurs et décideurs nationaux. Les probabilités de la guerre et de ses conséquences négatives inévitables sont suffisamment présentes dans toutes les têtes pour en faire la démonstration la plus éloquente.
Cependant, au sein même de ces contraintes et malgré ces déterminismes, il demeure un espace toujours possible à l’initiative, à l’approche inédite et à l’audace de l’entreprise. Cela relève de la volonté nationale d’exister et d’infléchir les possibles au service de l’intérêt d’un pays et d’une communauté déterminés.
De ce point de vue, tant le ministre des Finances que l’équipe gouvernementale dans laquelle il sert n’ont exprimé suffisamment et de manière visible leur volonté et leur capacité à innover dans l’approche et la manière de prendre à bras le corps les graves problèmes de l’économie marocaine et qui ont pour noms le manque de confiance, les faibles performances, le sous-équipement et le manque de ressources humaines qualifiées, entre autres facteurs handicapants.
De ce point de vue-là, il y a une grande urgence qui attend d’être prise en compte.

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