Éditorial : Virage

La classe politique nationale semble confondre les vacances et la vacance. Pour elle, les congés, à vrai dire, sont permanents depuis nombre d’années et la rentrée ressemble à la sortie. Voie sans issue. Rien ne bouge, rien ne change. Tout est pareil. Affaire classée.
La sinistrose. Le gouvernement avec ses partis de la majorité a repris son activité, toute exaltation rentrée, avec le moins de bruit possible. L’opposition, quant à elle, cela fait longtemps qu’elle est dégarnie. Surtout depuis que l’USFP a préféré les maroquins de Driss Jettou aux bancs de la contestation. Dans ce silence assourdissant, seuls les islamistes légalisés font entendre leur voix, faisant feu de tout bois. Le PJD fait au moins de la politique.
En fait, c’est l’absence des autres de la scène qui donne du relief à la moindre de ses actions. Son secrétaire général, Saâd Eddine Al Othmani, se répand depuis quelques jours dans les médias aussi bien nationaux qu’étrangers. En homme consensuel qui arbore un sourire charmeur au point de lui donner Le bon Dieu sans confession, il porte la bonne parole de son parti en appelant de ses voeux l’avènement d’un gouvernement fort, capable d’affronter la crise économique et sociale qui est aiguë selon ses dires.
L’actuel cabinet ne trouvant pas grâce à ses yeux et il en explique les raisons qui ne sont un mystère pour personne.
Le PJD fait donc sa rentrée avec une sortie remarquée de son chef. Or, on ne sait pas trop à quoi riment en ce moment précis les déclarations tonitruantes du docteur Al Othmani, psychiatre de profession, qui veut voir guérir l’Exécutif de ses multiples carences et insuffisances. Pour lui, s’il n’existe pas de miracle, il y a des remèdes sans dire pour autant lesquels. Le traitement de choc serait-il une participation du PJD au gouvernement ? En tout cas, les arguments dont excipe l’intéressé laissent entendre au détour de chaque phrase que le parti des islamistes est enfin prêt pour changer de bord et participer aux affaires. Seulement voilà, le PJD n’a pas encore reçu de proposition dans ce sens. Il attend pour juger.
Le PJD qui veut aller à la soupe, quel changement ! Après avoir fait, dans le cadre de sa politique des petits pas, la fine bouche au pouvoir et ensuite posé des conditions à son éventuelle participation gouvernementale , voilà le PJD mûr pour s’installer dans les fauteuils ministériels. Il n’y a que les obtus qui ne changent pas.
Le PJD, qui a puisé une bonne partie de sa force sur les travées de l’opposition, ne tient plus apparemment à s’y épuiser indéfiniment. Sans perspectives ni retour sur investissement. Avec tout ce que cette situation peut générer comme frustration chez les militants.
Reste maintenant à savoir si cette formation politique, qui naguère faisait peur aux autorités, pourrait être invitée à accéder au temple gouvernemental. Une chose est sûre : Al Othmani et ses amis, qui ont pour modèle les islamistes turcs, s’efforcent depuis les attentats du 16 mai de rentrer dans les bonnes grâces du pouvoir.

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