Éditorial : Volcan

Dans l’interview qu’il nous avait accordée deux jours après l’incendie de la SAMIR en novembre 2002 , le directeur général, Abderrahmane Saâïdi s’était perdu dans la confusion. Il est vrai que le feu ravageait encore cette raffinerie maudite, mais l’homme savait très bien ce qu’il disait. Quand on lui avait rappelé qu’il avait compressé le personnel de la sécurité et de la prévention, il s’était empressé de nous répondre : « ce personnel n’a pas été réduit pour des raisons économiques, mais parce que le patron de la maintenance et certains employés se sont empêtrés dans une affaire de détournement et de falsification de documents et de biens de la raffinerie. »Cela reste à confirmer, mais faut-il pour autant justifier l’injustifiable en ne consolidant pas un effectif sur lequel repose toute la sécurité de la raffinerie et de son environnement ? Comme si l’absence d’une raison économique pouvait atténuer l’ampleur des dégâts humains et matériels. Comme si, aussi, cette accusation contre un personnel qui n’a jamais été poursuivi en justice, pouvait voiler la gestion désastreuse d’une société privatisée dans des conditions peu orthodoxes. En tout cas, les acquéreurs n’ont pas respecté le cahier de charges et l’Etat marocain a failli à ses responsabilités de contrôle et de suivi d’une cession aussi importante et cruciale pour l’économie nationale. A preuve, comment expliquer la passivité des pouvoirs publics face à la nomination à la tête de la SAMIR de ce même ministre qui a supervisé l’opération de privatisation ? Même si toute la procédure s’est déroulée dans la transparence et le respect de la loi, la suspicion planera toujours sur cette commutativité entre la privatisation et la nomination. Certains observateurs avertis évoquent une grosse altercation qui avait éclaté à propos de la cession de la SAMIR lors d’un conseil de gouvernement de l’époque. Mais cela relève du passé et ne peut en aucun cas faire reluire le présent et le futur d’une raffinerie qui tient beaucoup plus du volcan qu’à des unités maîtrisables. Il est vrai que Abderrahmane Saâïdi a du cran quand il s’affiche à la télévision ou publie un communiqué dans lequel il minimise l’incendie de jeudi. Un exercice de style facile quand on ne connaît pas le danger d’un embrasement d’une raffinerie vieillotte dont les bacs et les sphères constituent un danger permanent pour la population avoisinante. Un ancien technicien de la maintenance n’hésite pas à parler d’un déferlement en cas d’explosion des sphères de butane et de propane qui toucherait tout Mohmmedia et Ain Sebaâ. En principe, Saâïdi, qui a été pointé du doigt lors de l’incendie et des inondations du 25 novembre, devrait démissionner, au risque de perdre un salaire faramineux. En principe, aussi l’Etat qui a mobilisé l’armée, la gendarmerie, la police et toute sa logistique pour parer à la catastrophe, devrait faire payer la facture à la direction de la SAMIR. L’incendie de jeudi a démontré que la sécurité et la maintenance sont toujours aux abonnés absents que seule la négligence est contrôlable. C’est dire que les leçons de la tragédie du 25 novembre n’ont pas été retenues. De quoi demain sera-t-il fait, dans l’environnement d’un volcan qui couve et qui pourrait se réveiller à tout moment ?

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