El Housseini : « Le Maroc a tous les atouts en main »

El Housseini : « Le Maroc a tous les atouts en main »

ALM : A la lumière de l’adhésion, certes toujours hypothétique, de la Turquie à l’Europe des 25, pensez-vous que le Maroc possède suffisamment de chances pour s’arrimer à l’UE ?
Tajeddine El Housseini : Il faut reconnaître que les relations entre le Maroc et l’Union européenne sont enracinées dans l’histoire. Deux des pays européens, à savoir la France et l’Espagne, ont exercé un protectorat sur le Maroc. Et même après l’indépendance, les relations commerciales entre le Maroc et l’Europe sont restés excellentes. A ce titre, plus de 60% de nos échanges commerciaux sont réalisés avec les pays européens.
C’est ce qui a poussé Feu Hassan II, au début des années 1980, à demander de manière officielle l’adhésion du Maroc à la communauté européenne.
Dans son ouvrage, «Le Défi», Feu Hassan II avait utilisé une métaphore intéressante. Il a comparé le Maroc à un arbre dont les racines se trouvent en Afrique et les branches en Europe.
Pensez-vous que l’adhésion de la Turquie sera un précédant bénéfique pour un pays comme le Maroc ?
Au contraire. Je pense que l’adhésion de la Turquie risque d’endommager nos relations économiques avec l’UE, car ce pays, au même titre que certains pays de l’Est européen, sont des concurrents économiques du Maroc. Notre pays risque, dans le futur proche, d’être mis sur le même pied d’égalité que la Chine ou d’autres pays asiatiques. D’ailleurs, le ministre français de l’Economie s’est posé cette question : « Que va-t-on faire de nos partenaires maghrébins si la Turquie adhère à l’UE? ».
Estimez-vous que les pays européens ont un quelconque intérêt à réserver un statut privilégié pour les pays maghrébins de manière générale, et le Maroc plus particulièrement ?
Je pense que l’Europe doit intégrer au moins un des pays maghrébins. Et le Maroc est le mieux placé pour cela. Il y va de la stabilité européenne, sa prospérité et sa sécurité.
En matière d’immigration clandestine, par exemple, force est de constater que l’Europe a manifesté un besoin énorme en main-d’oeuvre. A l’horizon 2020-2025, les Etats européens nécessiteront pas moins de 40 millions de personnes pour assurer son développement. La société européenne a donc besoin de sang neuf pour sa croissance. Ce qui me pousse à dire que les pays des deux rives de la Méditerranée sont condamnés à développer davantage leurs relations.
Mais pour ce qui est de l’adhésion, un pays comme le Maroc butte sur la question de la laïcité, par exemple…
Sincèrement, je pense que la question de la laïcité n’est pas importante. Ce qui compte c’est le problème géographique. Certains pays européens refusent l’idée d’une adhésion du Maroc car celui-ci se situe, géographiquement, en Afrique. Or, seuls 15 km séparent le Maroc de l’Europe. Ce qui n’est pas le cas de la Turquie ou des pays de l’Est. Notre commerce se développe avec l’Europe, notre mise à niveau se réalise, certes lentement, mais selon les normes européennes, bref, les possibilités d’intégration pour le Maroc sont plus importantes que celles de la Turquie.
Aujourd’hui, le monde est une sorte de village. Les touristes européens affluent dans notre pays. Certains y achètent des Ryads, c’est une preuve que nous pouvons vivre ensemble dans la sérénité la plus absolue.
En choisissant l’Europe, cela ne risque-t-il pas d’altérer nos relations avec les Etats-Unis et les pays arabes et africains ?
Au contraire, je suis convaincu que l’intégration à l’UE, si elle se réalise, aura pour conséquence le renforcement de nos relations avec nos partenaires arabes et même américains.
Le Maroc doit jouer le rôle de point stratégique entre ces deux mondes. Le port de Tanger illustre cette nouvelle politique du Maroc. Car c’est un pays comme la Chine que le monde entier devra affronter. Déjà, aujourd’hui, la Chine représente une menace pour pas mal d’économies. Mais demain, nous devrons peut-être faire face à une menace militaire de la Chine.

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