El Moukhariq : «Le malaise social est persistant»

El Moukhariq : «Le malaise social est persistant»

ALM : Comment expliquez-vous ces mouvements de grèves répétés ?
El Miloudi El Moukhariq : Il est de tradition que les statistiques des grèves reculent pendant l’été. Cette fois-ci, elles sont en recrudescence, et ma foi, rien ne porte à croire que la tendance va s’inverser. Autre particularité de ces grèves, c’est qu’elles concernent toutes le secteur public et semi-public, et non pas le privé. D’habitude, ce sont les patrons qui font peu de cas du respect de la loi. Là, c’est le gouvernement qui la viole, alors qu’il est censé donner le modèle aux autres en la respectant.
Que voulez-vous dire par là ?
La grève, c’est la conséquence d’un malaise, c’est l’expression d’une impasse. Ce qui est intéressant, c’est d’en chercher les causes. Ils ont trait à plusieurs facteurs. D’abord la violation de la loi et le non-respect de la législation sociale par les administrations publiques.
Avez-vous des exemples concrets de ces violations ?
Ecoutez, que ce soit la grève au ministère de l’Agriculture, au ministère de la Santé, aux communes, à l’OFPPT ou à l’Agence de conservation foncière, elle a été provoquée par un non-respect de la loi. A l’OFPPT, par exemple, les décisions sont prises à l’insu du personnel. Le rôle des commissions paritaires est violé. Pour les communes, c’est un engagement du ministère de l’Intérieur, relatif au régime indemnitaire, qui n’a pas été respecté.
Y’a-t-il d’autres raisons aux grèves ?
Oui, le déficit en matière de dialogue et de concertations sociales. Une série de décrets a été adoptée au Conseil du gouvernement. Ce sont des textes d’une extrême importance, en ce sens qu’ils touchent au statut général de la fonction publique, en matière de notation, d’avancement du personnel et de promotion. Ces décrets ont été adoptés sans un minimum de concertation ou d’information avec l’UMT. Cela est d’autant plus inadmissible que le gouvernement a pris des engagements avec les partenaires sociaux.
Quels engagements ?
Le 30 avril 2003 et le 28 janvier 2004, des accords ont été signés entre le Premier ministre et les partenaires sociaux. Ces accords ont été apparemment jetés par le gouvernement dans des tiroirs, parce qu’ils sont restées lettres mortes. Nous avons d’ailleurs adressé le 14 juin un mémorandum au Premier ministre pour attirer son attention sur la situation sociale et le non-respect de ces accords.
Que vous a-t-il répondu ?
Nous attendons toujours sa réponse. Dans le cas où elle tarderait à venir, ça serait une preuve supplémentaire du refus du dialogue de la part du gouvernement. D’ailleurs, nous constatons un retour sur de nombreux acquis sociaux. Nous constatons aussi un retour de la répression syndicale. Les autorités ont eu recours à la bastonnade pour disperser, mardi dernier, les manifestants devant le siège du ministère de l’Agriculture à Rabat.
Avec la multiplication des grèves, avez-vous conscience du préjudice que subissent les citoyens ?
Les syndicalistes lancent le mot d’ordre d’une grève une fois seulement qu’ils ont épuisé toutes les voies de dialogue et qu’ils se retrouvent en face de portes closes. C’est l’ultime moyen qui leur reste pour se faire entendre. C’est regrettable que la population paie en quelque sorte la facture. Je mesure d’ailleurs parfaitement la gêne que les poubelles laissées à l’abandon peuvent générer chez les citoyens lorsque les éboueurs font grève. Mais nous sommes acculés à ce mode de protestation pour faire entendre notre voix.
Que préconisez-vous pour que les grèves cessent ?
Que le gouvernement réagisse. Qu’il cesse d’observer ce silence. Qu’il cesse ses atermoiements. Il convient d’organiser des réunions pour évaluer l’application des accords signés entre le Premier ministre et les partenaires sociaux. Il convient d’ouvrir des négociations sectorielles. Sinon, l’été sera chaud.

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