Élections : Les partis seront-ils prêts pour octobre ?

Élections : Les partis seront-ils prêts pour octobre ?

Le Souverain a pratiquement tranché à propos de la date des prochaines élections législatives. Dans son discours du Trône, samedi 30 juillet, SM le Roi a souligné «la nécessité de veiller à la mise en place des institutions constitutionnelles dans les plus brefs délais et de garantir leur bon fonctionnement». Il a, ainsi, mis fin à une polémique à propos de l’opportunité de la tenue de manière anticipée des élections de la Chambre des représentants. Polémique menée surtout par des formations comme le Parti de la justice et du développement (PJD) et l’Union socialiste des forces populaires (USFP) qui mettaient en garde à plusieurs reprises contre la précipitation. Mais maintenant que la question est tranchée, les partis politiques n’ont aujourd’hui qu’à se préparer et sérieusement à l’échéance. Le défi est énorme. Les prochaines législatives diffèrent sensiblement des élections du 27 septembre 2002 et du 7 septembre 2007 dans la mesure où elles interviennent dans un contexte politique marqué par la mise en place d’une nouvelle Constitution avec de nouvelles règles du jeu. Les partis seront-ils prêts à temps ? La question leur a été posée. Certains affirment d’emblée qu’ils ont déjà entamé les préparatifs depuis longtemps. Du côté du parti de l’Istiqlal, par exemple, son secrétaire général, Abbas El Fassi, affirme dans une déclaration à ALM que le «bilan positif» du gouvernement actuel devra avoir un effet positif sur les résultats des prochaines élections. «Le PI se prépare aux élections depuis le dernier congrès national du parti tenu en 2009 et nous continuerons à travailler, notamment en ce qui concerne la réorganisation des structures parallèles du parti. Certes, il reste des choses à faire, mais nous sommes prêts et nous sommes optimistes. Le bilan positif du gouvernement dans tous les secteurs et à tous les niveaux politique, économique et social aura un effet sur les résultats de tous les partis qui participent au gouvernement». M. El Fassi affirme, en plus, que le Mouvement de protestation du 20 février n’aura pas d’impact sur le parti de l’Istiqlal. «Il y a eu des réformes d’envergure dans tous les domaines. Nous nous activons en matière de moralisation de la vie politique. Les slogans du 20 février sont pratiquement le programme de notre gouvernement. Le 20 février n’a pas apporté quelque chose de nouveau si ce n’est l’espoir d’ouvrir le champ de l’action politique aux jeunes», ajoute-t-il. Ainsi, si l’Istiqlal table sur son bilan gouvernemental, le Parti du progrès et du socialisme (PPS), son allié de la Koutla démocratique, affirme lui aussi avoir entamé des actions pratiques pour se préparer aux prochaines échéances. «Le PPS prépare les élections depuis des mois. Nous étions déjà en phase de préparation depuis le dernier congrès du parti. Nous sommes l’un des rares partis à renouveler ses élites et à rajeunir. Un parti politique ne peut pas attendre la dernière minute pour entamer les préparatifs», a fait savoir Nabil Benabdellah, secrétaire général du PPS. «Nous avons mis en place il y a quelques mois la commission nationale des élections et nous sommes en train d’agir pour couvrir toutes les circonscriptions. Nous sommes également en train de mettre à jour notre programme économique et social. Nous agissons, en plus, pour préparer notre approche de communication. Le mois de Ramadan sera un mois de travail et de préparation notamment au niveau de nos structures provinciales. Plusieurs activités sont prévues durant ce mois», annonce M. Benabdellah. Pour sa part, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) a mis en place des commissions auprès de son bureau politique pour se préparer aux échéances électorales. «L’USFP a mis en place des commissions dans le cadre des préparatifs. Il y a tout d’abord la commission qui devra mettre en place les critères de sélection des candidats en collaboration avec les bases. Il y a une commission qui se charge du programme électoral. Nous avons également une commission des préparatifs matériels et une autre dédiée aux aspects juridiques des réformes notamment en ce qui concerne les lois organiques. Il y a aussi une commission de la communication», précise Abdelouahed Radi, secrétaire général de l’USFP, ajoutant que le parti va réunir son conseil national pour débattre de ces démarches prises dans le cadre de la préparation des élections. Le Mouvement populaire (MP) s’attelle, quant à lui, à l’élaboration de la procédure de sélection des candidats harakis aux prochaines élections. «La commission des candidatures s’active pour définir les critères à retenir en matière de sélection des profils qu’il faudra présenter aux élections. Beaucoup de personnes disent que les partis doivent faire une bonne sélection des candidats, mais c’est aussi la responsabilité du corps électoral qui ne vote généralement que pour les candidats qui ont une certaine influence. La réforme dans ce sens doit se faire de manière graduelle et avec courage», affirme Saïd Ameskane, membre du bureau politique du MP. Et d’ajouter que le parti haraki se penche également sur la réforme des lois électorales. Pour ce qui est de l’autre composante de la coalition gouvernementale, le Rassemblement national des indépendants (RNI), il s’attelle à la mise à jour de son programme politique à la lumière des dispositions de la nouvelle Constitution. «En perspective des prochaines élections, le RNI s’active pour mobiliser ses militants et mettre à jour son programme. Ainsi, compte tenu des buts que s’est tracé la nouvelle Constitution, nous élaborons un programme politique, économique, social, culturel et environnemental. Parmi les priorités de notre programme figurent la consécration du libéralisme social, la mise à niveau de l’agriculture, la poursuite du processus d’industrialisation du pays. L’objectif ultime étant la garantie d’un niveau de vie digne à tous les Marocains», souligne Abdelaziz Alaoui Hafidi, membre du bureau exécutif du RNI. «Pour ce qui est de la mobilisation des militants, nous allons déterminer quels sont les candidats aptes à répondre aux objectifs que s’est tracés le nouveau texte constitutionnel. Nous retenons comme critères de sélection la compétence et l’intégrité», ajoute M. Alaoui Hafidi. Pour ce qui est des partis politiques de l’opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD) et le Parti authenticité et modernité (PAM), la démarche est pratiquement la même. «Le PAM s’est inscrit dans la perspective des préparatifs depuis plusieurs mois. Nous avons présenté des propositions pour la réforme des lois électorales et la loi sur les partis politiques. Nous nous attelons actuellement sur l’élaboration d’un programme politique qui correspond aux grandes orientations, aux priorités et aux objectifs du parti. Ce programme devra également correspondre à la stratégie et à la vision du parti en matière gestion des affaires publiques», précise Samir Aboulkacem, membre du bureau national du PAM. Et d’ajouter que «nous sommes, également, en train de préparer minutieusement l’opération de sélection des candidats à travers des critères bien ficelés afin de correspondre à la conception et aux objectifs de la nouvelle Constitution de 2011. Aussi, nous sommes en train de réfléchir à propos des formules de travail en commun avec les autres partenaires de la scène politique». Même son de cloche auprès du PJD. La formation islamiste prépare la procédure de sélection des candidats, bien qu’elle émet toujours des réserves sur la tenue de manière «précipitée» des prochaines élections législatives. «En tant que parti politique, nous allons réunir nos instances, notamment le conseil national, pour préparer les procédures qui vont régir le choix des candidats», souligne Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD. Du côté de l’Union constitutionnelle (UC), la procédure de sélection des candidats est également à l’ordre du jour. «L’UC a adopté des mesures concrètes pour la préparation des prochaines élections. Nous sommes entrain d’actualiser les critères de choix des candidats conformément à l’esprit de la nouvelle Constitution. Nous avons la volonté ferme de rajeunir les élites et de pousser les femmes à se présenter également dans le cadre des listes provinciales. Le parti s’inscrit parfaitement dans ce qui a été dit dans le discours du Trône», note Mohamed Abied, secrétaire général de l’UC, ajoutant que le parti s’attelle également à la réforme des lois électorales qui sont actuellement en cours de discussion avec le ministère de l’intérieur.
Ceci dit, les grandes lignes des préparatifs de la classe politique pour les échéances électorales étant mises en relief, il faut rappeler que SM le Roi a adressé, dans son dernier discours du Trône, un message clair aux partis politiques les incitant à être à la hauteur des défis de l’étape en cours. «Les partis politiques, majorité et opposition confondues, dont la nouvelle Constitution est venue conforter le statut comme acteurs centraux dans le processus démocratique, sont appelés à redoubler d’efforts pour favoriser la réconciliation des citoyens, surtout les jeunes, avec l’action politique dans sa noble acception patriotique», avait noté SM le Roi. Et de souligner que «le nouveau dispositif constitutionnel requiert des acteurs politiques de rivaliser d’ardeur pour mettre au point des projets sociétaux distinctifs et les traduire en programmes de développement créatifs et réalistes et aussi pour choisir des élites qualifiées, aptes à assurer une bonne gestion de la chose publique, aux niveaux national, régional et local». Les partis ont aujourd’hui la lourde tâche, en tant qu’acteurs politiques et en tant que supports incontournables à la démocratie, de contribuer de manière constructive à la mise en œuvre d’une manière optimale des dispositions avant-gardistes de la nouvelle Constitution. Les prochaines élections constitueront incontestablement un premier test pour la classe politique. Le processus de réforme d’envergure en cours enclenché par le Souverain requiert des partis d’assumer leur responsabilité et de jouer pleinement leur rôle.

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