Elouadie : « Pour une mémoire collective »

Elouadie : « Pour une mémoire collective »

ALM : Quelle est votre impression quant au déroulement de ce forum ?
Salah Elouadie : Personnellement, ce Forum national sur la réparation m’a laissé une excellente impression surtout que la participation a touché toutes les régions, l’axe Casablanca-Kénitra, mais aussi Dakhla, Khénifra, Al Hoceima, Imilchil et Tagounit. Il s’agit aussi de près de 170 associations de développement local issues de régions ayant connu des violations des droits de l’Homme ou abritant toujours les traces de ces violations. Ce sont des associations qui ont quelque chose à dire concernant la réparation collective et leur participation a été remarquable lors des travaux de ce forum. C’était aussi l’occasion pour nous, à l’IER, d’exposer notre expérience et notre plus en la matière. Nous avons aussi été agréablement surpris par la massive présence de représentants d’organes de l’ONU, mais aussi de l’Union européenne et plusieurs ONGs de Belgique, des Pays-Bas et du monde arabe, notamment l’Egypte et la Tunisie.

Est-ce qu’il y a un organe de prévu pour le suivi des recommandations de ce forum ?
La question du suivi se pose pour tous les aspects du travail de l’IER et pas uniquement pour ce qui regarde les recommandations de ce forum sur la réparation collective. Il faut souligner que les débats de ces trois jours ont été hautement utiles pour faire connaître l’expérience de l’IER et ses innovations. C’est le cas, par exemple, quand on a réfléchi à impliquer l’action associative dans les aspects de la réparation collective.

Concrètement, que deviendront les recommandations de ce forum ?
On dispose, grâce à ce forum, de propositions et de projets qui seront étudiés minutieusement. Le dénominateur commun entre le tout, selon nos constatations, est le fait que l’on ne saurait dissocier l’individu de la collectivité quand on parle de réparation. Ce forum a aussi eu cette vertu qu’il nous a permis d’attirer l’attention des bailleurs de fonds nationaux et internationaux pour une éventuelle implication. Le PNUD et l’Union européenne notamment étaient représentés en force. Nous allons aussi, par la suite, étudier les possibles connexions entre diverses initiatives et l’INDH. La réparation n’est qu’une partie du travail de l’IER sur la voie de la réconciliation.

Driss Benzekri a de nouveau évoqué la responsabilité de l’Etat. Pourrait-on s’attendre à quelque chose de plus explicite de la part de ce dernier ?
La responsabilité de l’Etat est claire et admise. Déjà que la création de l’IER est une forme implicite de reconnaître cette responsabilité. Personnellement, je n’écarte pas d’autres formes de reconnaissance de cette responsabilité dans les graves violations des droits de l’Homme. Il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus et je pense que cela pourra avoir un caractère plus officiel. 

Vous, ex-détenu, quel sort rêvez-vous par exemple pour le centre de Kelaât M’Gouna du moment que l’on parle de la transformation des centres de détention?
Je l’imagine plein de roses. Ce serait, en même temps, réhabiliter la rose et ré-humaniser ce sinistre lieu !

Se pose aussi le problème des archives. Qu’en est-il ?
Le problème ne se pose pas pour celles de l’IER. Toutefois, ce qui est sûr est que l’Etat accuse des défaillances dans ce sens et ne dispose pas d’archives comme on en parlerait dans un Etat démocratique: documents de toutes sortes, bien conservés et qu’on met à la disposition du public ou des chercheurs selon des normes admises dans le monde entier en la matière.
Il est aussi question de contribuer à une dynamique susceptible de déboucher sur la constitution d’une mémoire collective féconde, un patrimoine symbolique qui appartiennent à toute la Nation et surtout aux générations futures.

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