En plein dans l’inaction

En plein dans l’inaction

Mohamed Aujjar : Un journaliste à court de « droits »
Mohamed Aujjar est nommé ministre chargé des Droits de l’Homme le 14 mars 1998 puis reconduit dans ses fonctions à deux reprises. Jusqu’à nos jours donc, il est le ministre des droits humains. Mais apparemment il ne dispose d’aucun « droit ». Selon tous les observateurs nationaux, toute activité traitant des droits de l’Homme est chapeautée par le Conseil Consultatif des Droits de l’Homme (CCDH) ou l’Instance Equité et Réconciliation (IER) qui en est issue. Ce qui ne laisse même pas des miettes au ministre, qui, ironie du sort, est membre fondateur de l’Organisation Marocaine des Droits de l’Homme (OMDH) et responsable dans le premier bureau de cette organisation. De toutes les passions, celle qui est la plus inconnue à nous-mêmes, c’est la paresse. Elle est la plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les dommages qu’elle cause soient très cachés. Le ministre des Droits de l’Homme est constamment absent, ou presque. Rares sont les moments où le ministre « communique » avec le large public à travers les médias. En revanche, le CCDH et l’IER sont au coeur de l’actualité relatives au domaine des droits de l’Homme. Ce qui ne fait que ternir davantage une image qui l’est déjà. Et comme un malheur ne vient jamais seul, même le journal dirigé par le ministre des droits de l’Homme a disparu pour que la boucle soit mieux bouclée. Une vraie poisse pour un ex-secrétaire général-adjoint du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) et président de la Commission de la formation dans l’ancien bureau. Il est également membre fondateur du Club de la presse marocaine et a participé à plusieurs conférences internationales.
Plusieurs études et contributions parues dans la presse marocaine et arabe, ont été signées par l’actuel ministre des Droits de l’Homme. Hélas, aujourd’hui, il ne s’ennuie même plus à force de trop ne rien faire. Certains avancent même qu’il aurait mieux fait de ne pas accepter ce poste. Mais peut-être ignorent-ils que le sens du devoir l’emporte souvent dans l’esprit des responsables se trouvant à la tête de départements aussi sensibles que celui des Droits de l’Homme. Il est certain que l’attention qu’ils prêtent aux maux d’autrui leur font oublier les leurs. C’est même un fait dont la cause est physique. Sauf qu’au-dessus du devoir, il y a le bonheur…

Nabil Benabdallah : Fringale verbale
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement communique trop au point d’en agacer plus d’un. Il multiplie les sorties. Ce qui est de l’ordre de la mission assignée à un ministre s’est vite confondu, dans sa tête, avec le culte de la personne. Le fait de communiquer sur les actions d’autrui a été vite assimilé à un exercice d’appropriation verbale. Nabil Benabdellah ne fait pas que communiquer. Il commente ! Et parfois avec un excès dont se seraient bien passés les membres du gouvernement. Lorsque certains s’évertuent à critiquer son action, il mobilise le Bureau politique de son parti et les instances régionales.
A ce sujet, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Nabil Benabdellah, a été critiqué par la presse, suite à la mauvaise gestion qui a été faite par les deux chaînes de télévision du séisme d’Al Hoceima. Il a monté les militants de son parti contre le gouvernement. S’exprime-t-il dans des chaînes étrangères qu’il tient un discours virulent qui sied peu à son emploi. Il s’emporte, gesticule, crie. Il veut tenir d’une main en fer la communication. Ce qui lui a valu, dans les chancelleries étrangères, le surnom de ministre stalinien. Nabil Benabdallah a la main mise sur les deux chaînes de télévision nationales. Il y fait le beau et le mauvais temps. Il les utilise surtout pour multiplier ses apparitions. Il a également rendu caduc le rôle de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA). Cette instance devrait délivrer les autorisations d’émettre et donner des avis sur le contenu des radios et chaînes de télévision. Nabil Benabdellah, lui, fait tous les jours des enfants dans le dos. Il ne veut pas lui céder le droit de délivrer des autorisations.
Quand il n’arrive pas à ses fins, Nabil Benabdellah vocifère. Qui peut oublier son image la bouche ouverte, le teint pourpre, lorsque les élus de Rabat ont choisi un autre homme au poste de maire qu’il briguait. Les gesticulations du ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement cachent toutefois mal les gaffes qu’il a cumulées depuis qu’il est ministre. A l’étranger, il a fait du tort à la liberté d’opinion au Maroc. Il a diffusé l’image rétrograde d’une époque stalinienne. Les gesticulations de Nabil Benabdellah ne sauraient toutefois s’éterniser. L’homme est taillé dans l’argile de l’éphémère. Et personne ne se rendra compte quand il ne passera plus dans cette télé qu’il occupe comme si c’était sa chose.

Taïeb Rhafès : La poisse et le poisson
Difficile d’évoquer le nom du ministre des Pêches maritimes, Taieb Rhafès sans évoquer un record. Celui de l’immobilisation des bateaux de pêche en rade. De mai 2003 à avril 2004, plus de 10 000 marins pêcheurs ont souffert de l’arrêt biologique, le plus long que le Maroc ait jamais connu. Rappelons que Taïeb Rhafès dont on ne peut contester la bonne foi, s’était arc-bouté mordicus sur un rapport alarmant de l’INRH sur l’état des ressources. Si les professionnels partageaient avec le ministre l’idée d’une nouvelle stratégie, en revanche, sur le plan d’action, les divergences étaient insurmontables. Rhaèfs privilégiait une méthode musclée, un remède de cheval, avec des arrêts à répétition mais, comme le lui ont reproché et les armateurs et certains parlementaires, en ne touchant le problème des licences qu’avec une longue louche. l’INRH fait souvent état d’un déséquilibre entre le potentiel de capture et les capacités de pêche à cause d’une augmentation exponentielle des licences accordées à la pêche artisanale. La situation de crise permanente entre marins pêcheurs et ministère a connue son épilogue le jour de l’Aïd El Kébir, quand le Syndicat des marins pêcheurs a passé toute une journée en sit-in devant le ministère des Pêches maritimes. Bref, comme l’a dit un professionnel, on ne peut pas reprocher au ministre de ne pas avoir trop fait.

Najima Ghozali Tay Tay a trouvé un joli job
Depuis sa nomination, la secrétaire d’Etat chargée de l’Alphabétisation et de l’Education non formelle, Najima Ghozali Tay Tay, n’opère de sortie médiatique que le temps d’annoncer des chiffres, souvent alarmants, sur l’état de l’analphabétisme.
Les mauvaises langues disent que madame la ministre se cache souvent derrière ses chiffres tant qu’elle est discrète. Son bilan de l’année 2003, encore difficile à établir, peut se résumer en un chiffre : «Environ 51% des Marocains sont toujours frappés par le fléau de l’analphabétisation ».
Quant à son objectif pour l’année 2004, Mme Ghozali ne fait pas de mystère, espèrant réduire l’analphabétisme à un taux de 35%. Reste à savoir si, pour arriver à cette noble ambition, la secrétaire d’Etat, dispose d’un plan d’action.
Dans ce cas, elle gagnerait tout à le faire connaître aux Marocains par message ou même par écrit, étant donné que ce n’est pas tout le monde qui est analphabète.
Tay Tay a trouvé au moins un emploi.

Mustapha Mechahouri : Un nom mal porté
Son nom est plutôt synonyme de célébrité, mais l’homme est loin de l’être !
Mustapha Mechahouri, ministre du Commerce éxtérieur, brille plus par son absence. Jusqu’à sa nomination comme ministre, M. Mechahouri occupait la fonction de secrétaire général de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) depuis 1995, institution qu’il a d’ailleurs intégrée en 1970. C’est dire le degré de stabilité atteint par ce fonctionnaire (…)
Ces rares sorties donnent lieu à des incidents diplomatiques à cause du manque de culture diplomatique, alors que l’homme est plutôt perçu comme courtois. Sa dernière sortie ratée reste la plus significative. Sans concertation préalable avec les Affaires étrangères, le ministre a pris l’initiative d’engager, précipitamment, le gouvernement dans un accord de libre-échange avec la Turquie en opposition avec des engagements nationaux plus importants.
Et pourtant l’homme est initié à la prévoyance. Durant les 20 années passées à la tête de la direction de la prévoyance sociale de la CDG, il procéda à l’étude et à la création du Régime Collectif d’Allocation de Retraite (RCAR). Par contre le manque d’assurance reste criant. Si les autres technocrates ont fait preuve d’adaptation, le cas Mechahouri ne fera certainement pas école.

Najib Zerouali : Diagnostic
Moderniser les secteurs publics au Maroc, un grand chantier dont s’est courageusement chargé le ministre Rniste, Najib Zerouali. Pour ce chirurgien, qui a hérité de l’ancien ministère de la Fonction publique, la mission est loin d’être une partie de plaisir. Une tâche qui a des allures de mission impossible, dans un pays où la bureaucratie et la corruption sont devenues monnaie courante. Le ministre, qui s’est fixé comme objectif de mission d’homogénéiser tous les textes juridiques qui régissent l’administration marocaine, est toujours en train de concocter un projet de loi dans ce sens. Un projet qui fait beaucoup parler de lui depuis quelque temps, au sein de l’administration marocaine elle-même, et qui, avant même sa parution, affronte une résistance de la part des fonctionnaires. Ces derniers se sentent en effet attaqués sur leur propre territoire. Qui dit modernisation des secteurs publics dit chamboulement d’un système de travail sclérosé par la bureaucratie et l’inefficacité. L’approche du ministre, basée essentiellement sur le rendement et la productivité de chaque fonctionnaire, n’a pas fait que des heureux. A ceci s’ajoute la grogne de plusieurs corps de fonctionnaires, les administrateurs notamment, lésés par la loi de la Fonction publique. Résultat : les grèves se succèdent dans un climat social très tendu.
Dure, dure est donc la mission du Dr Zerouali, chargé également de la moralisation de l’administration marocaine et celle de la vie publique, qui, et ce n’est un secret pour personne, demeure rongée par la corruption. Eradiquer ce mal reviendrait à mettre au point une pratique devenue habitude et qui a beaucoup coûté au Maroc, classé parmi les derniers sur la liste de plusieurs organisations internationales, Transparency Internationale en tête. la lutte contre ce fléau est donc incontestablement une priorité dans le développement politique et socio-économique de notre pays. Encore faudrat-il s’y attaquer de front.
Du secteur de l’enseignement supérieur, de la formation et de la recherche scientifique, qu’il avait en charge dans les deux gouvernement d’Abderrahmane Youssoufi, Najib Zerouali s’est retrouvé sur un terrain miné, où le moindre déplacement suscite la grogne de plus d’un.

Omar Fassi Fihri : Hibernation
Omar Fassi Fihri (PPS) est sans doute l’un des ministres les plus discrets du gouvernement. En fait, il a en charge un secteur qui manque d’éclats: la Recherche scientifiques dont il est ministre délégué depuis 1998. En effet, Omar Fassi a occupé ce même poste dans le gouvernement Youssoufi I (1998), puis dans le Youssoufi II (2000). Il a récidivé dans le gouvernement Jettou (2002), et toujours dans le même poste.
Ce qui plaide, peut-être, en faveur de Omar Fassi c’est l’adage qui dit: « pas de nouvelle, bonne nouvelle ». En effet, à l’image de la recherche scientifique, l’action d’Omar Fassi Fihri est assez discrète. Contrairement aux chercheurs français qui se sont lancés dans un bras de fer avec leur Premier ministre à cause du volume des subventions, nos chercheurs nationaux n’ont de souci que leurs salaires. Ils pensent même proposer un nouveau statut. Un projet qui prendra des jours de préparations, des semaines de discussions et des mois pour son adoption et son entrée en vigueur. Des années plus tard, on commencera à parler du budget alloué par l’Etat à la recherche scientifique.
Ce jour-là, les chercheurs américains et européens auraient élu domicile sur Mars. Trêve de plaisanterie. En fait, le principal reproche que l’on peut faire au ministre de la recherche scientifique c’est d’avoir écarté toute démarche « scientifique » de son action. Il s’est contenté de gérer le quotidien administratif. Certes, Omar Fassi n’est pas responsable de tous les maux de notre R&D, mais il aurait, tout à faire, pour hisser ce secteur en priorité numéro un du pays.
Et pas uniquement de l’Etat, mais du secteur privé également. Qu’en est-il des passerelles entre l’université et le secteur privé? Hormis quelques initiatives individuelles de certains chercheurs marocains, ces deux mondes ne se connaissent pratiquement pas. En fait, bon nombre de professeurs réussissent à drainer des capitaux étrangers et à monter avec des compétences 100% locales, des projets novateurs. Le tout, pour le bien de la R&D marocaine. Un rôle que devrait jouer, en principe, le ministère d’Omar Fassi.

Mohand Laenser : Impopularité
Mohand Laenser, ministre de l’Agriculture, aurait dû rester secrétaire général de son parti, le Mouvement Populaire. Au moins, il était plus célèbre et plus médiatisé. Depuis qu’il est à la tête de ce lourd héritage, et ce ne sont pas ses prédécesseurs qui diront le contraire, Lâanser ne sait pas où mettre les pieds. Depuis sa nomination, il n’a pas pris une seule décision. Grave, pour un ministre de l’Agriculture. Au contraire, il a brillé par son absence aussi bien sur le terrain que sur le plan médiatique. Pourtant, le SG du MP a eu l’occasion de dire son mot au sein de l’équipe de Driss Jettou. L’invasion des criquets. Une affaire qui est passée sous silence. Certes, le plus populaire des populaires s’est rattrapé par la suite, mais sur le tard. Presque muet au début, il s’est contenté de publier des communiqués sur les surfaces traitées, alors qu’il fallait organiser des conférences de presse pour mieux informer la population sur l’ampleur et le danger que représentent les criquets sur l’agriculture et les agriculteurs, déjà ivres de soucis. Dirigeant politique respecté et fidèle à ses propres convictions, Lâenser a tout raté. Mais il aura une autre opportunité pour rectifier le tir : la campagne agricole qui s’annonce bonne.

M’Hammed Khalifa : Sous-exploitation
Membre du comité exécutif du Parti de l’Istiqlal, dont il est l’un des ténors, M’hammed El Khalifa a hérité, à son corps défendant, du portefeuille de l’Artisanat et de l’Economie sociale. Cette «erreur» de casting ne permet, assurément, pas une mise à profit optimal de la compétence d’un fin politicien. Et pourtant, M’hammed El Khalifa, ne manque pas d’atouts. Membre de la Chambre des représentants depuis 1977, M. El Khalifa est chef du groupe istiqlalien de l’Unité et de l’égalitarisme. Il exerce au barreau de Marrakech depuis 1964. Au sein de son ministère, le temps politique a du mal à être en phase avec le temps économique. Les chantiers sont légion, mais la cadence est tellement lente que mettre en pratique l’un d’eux donne lieu à des polémiques interminables. C’est pourquoi la recherche du consensus donne lieu à des séries interminables de larges concertations. Résultat : l’immobilisme prend le dessus sur l’action. Alors que l’expérience du premier président d’un conseil municipal, ayant reçu des mains de feu SM Hassan II le Dahir Acharif prévu par la charte communale de 1976, serait plus utile à sa région. Reste à espérer que la donne change. Un repositionnement est à même de permettre une exploitation optimale d’une longue expérience au sein du champ politique national .

Nezha Chekrouni : L’étrangère
Elle est bien noble, la mission du département de Mme Chekrouni : elle consiste à « élaborer une politique globale de prise en charge de la question des Marocains résidents à l’étranger». Mme Chekrouni résume cette stratégie en deux mots : la citoyenneté dans les pays d’accueil et au Maroc et le partenariat avec l’Etat. Mais, une simple lecture de l’état d’avancement sur ces sujets laisse perplexe.
Qu’en est-il de la question de représentativité et la participation aux élections marocaines, gelé depuis le temps du gouvernement Youssoufi ? S’agissant des questions socio – culturelles, il paraît que Mme Chekrouni prépare beaucoup de projets et fait beaucoup de promesses.
À titre d’exemple, il a été question de réorganiser, dès cette année, l’enseignement de la langue arabe dans les pays d’accueil, de créer des centres culturels pour la promotion de la culture marocaine…L’ambition ( pas plus) de Mme Chekrouni n’a visiblement pas de limites. Courage. Quant aux problèmes liés à la corruption et aux lenteurs administratives des services consulaires, Mme Chekrouni ne semble pas disposer de recettes miracles pour le moment. Mais c’est bien la brûlante actualité du terrorisme marocain en Europe qui met Madame le ministre devant un sacré défi.
La preuve ? Répondant à une question d’actualité mercredi dernier au Parlement sur la recrudescence des agressions contre les MRE en Espagne, Mme Chekrouni a affirmé que les agressions enregistrées « ne peuvent inspirer de l’inquiétude »…Nous sommes tous rassurés !

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