Endettement à un taux préférentiel

Endettement à un taux préférentiel

ALM : Le Maroc est entré dans la cour des grands. Les 400 millions d’euros levés sont une première. Quel est le regard du gestionnaire que vous êtes sur cette opération ? Amine Amor : D’abord, il faut noter que les attentats du 16 mai dernier n’ont nullement affecté la perception du risque Maroc. Les investisseurs étrangers sont donc restés confiants en notre pays. Ensuite, c’est l’amélioration des agrégats économiques (finances publiques en l’occurrence) sur les trois dernières années qui ont contribué à revoir à la baisse le risque souverain sur le marché international. D’ailleurs, et seulement quelques jours plus tôt, Moody’s (agence internationale de notation) a revu la notation du risque Maroc de négative à stable. Aussi, ce qui est intéressant à noter en cette opération, c’est la devise de l’emprunt. Prépondérante dans le panier du dirham, l’Euro permettra une meilleure maîtrise de l’échéancier de cette opération. Le risque Maroc semble avoir la cote. La Roumanie a dû consentir un taux plus élevé. Doit-on comprendre que le Maroc est plus apprécié par des investisseurs ? En effet, le Maroc a réalisé une excellente performance sur cette opération étant donné le niveau du spread de sortie. Je rappellerai que ce dernier représente la perception du risque de l’investissement comparé au risque neutre. Ce qui est important à noter, c’est que non seulement ce spread de sortie est plus faible que ceux des récentes émissions des autres pays émergents (comme l’Afrique du Sud, la Tunisie, l’Egypte ou encore la Roumanie) mais également qu’il reste historiquement bas pour le Maroc. La combinaison du faible spread aux niveaux actuels des taux, historiquement bas, sur les places internationales a donc permis un endettement à moindre coût au trésor. Aussi, l’exceptionnelle réalisation de la privatisation de la régie des Tabacs a largement démontré l’attrait financier du marché marocain. Le montant de la dette extérieure s’élève à 13,8 milliards de dollars. Quel est votre regard sur la gestion active de la dette extérieure ? Aujourd’hui, la part de la dette extérieure dans l’encours global de la dette du trésor s’élève à 33 %. Ce stock a, en effet, été ramené de 19.3 Milliards de dollars en 1998 à 13.8 Milliards en 2003 ; soit une baisse de plus de 28 %. Cette diminution relève non seulement de remboursements (tirages) mais également de la dépréciation du dollar par rapport au dirham. Cette gestion dynamique a permis la réduction des pressions sur les avoirs extérieurs; ces derniers sont passés de 40 à 109 milliards de dirhams en 5 ans. En outre, cette politique a permis de conforter le ratio de solvabilité du Maroc vis-à-vis de ses créanciers étrangers. Toutefois, ce qu’il faut rappeler, c’est que cette baisse du stock de la dette extérieure a été équilibrée par une hausse de la dette intérieure qui est passée de 110 à 192 milliards de dirhams sur la même période. Un courant de pensées plaide pour une gestion de la reconversion de la dette intérieure en investissement au même titre que la dette externe. Quel est votre commentaire ? L’effet n’est pas aussi mécanique qu’il le semble. En effet, il faut différencier entre la reconversion de la dette externe et celle de la dette interne. À ce titre, si le Maroc a adopté une stratégie de reconversion de dette extérieure en investissement direct, c’est d’abord pour utiliser l’effet de levier que pourrait avoir ce dernier à la fois sur le plan financier (création de valeur ajoutée) que sur le plan social (création d’emploi) tout en améliorant l’encours de cette dette. Sur le compartiment interne, les choses se présentent différemment. En effet, l’encouragement de l’investissement privé peut se faire par d’autres canaux : incitations fiscales, politiques monétaires accommodantes, développement des infrastructures.

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