Enfance précaire : la menace existe

Les deux millions et demi d’enfants qui ne prennent toujours pas le chemin de l’école sont plus que les autres une cible potentielle des agressions et des sévices sexuels. Une telle affirmation est loin d’être gratuite si l’on sait que la non-scolarisation des enfants les conduit obligatoirement vers le monde de l’emploi ou bien celui de l’errance, sinon des deux à la fois. En effet, 50.000 enfants continuent de travailler dans différents secteurs et surtout dans l’artisanat. Elles ne bénéficient d’aucune protection de quelle nature qu’elle soit. Ils sont, la plupart du temps, livrés à eux-mêmes et à la bonne volonté de leurs employeurs. D’ailleurs, le type de relation qui existe entre l’employeur et ses employés juvéniles dans ce domaine reste très ambigu. Les liens ne sont généralement pas ceux d’un patron avec ses salariés, mais ils rentrent souvent dans le cadre de relations patriarcales. D’où le risque de dérapage. Mais là où on peut parler de véritables réseaux organisés, c’est pour les jeunes domestiques. Selon certaines ONG, elles seraient plus de 13.000 rien que dans la seule ville de Casablanca qui servent de «bonnes» dans les maisons au lieu d’aller à l’école. Ces filles, généralement d’origine rurale, ont été conduites dans les grandes villes par des “Smsars “qui ont réussi, profitant de l’ignorance et de la pauvreté, à convaincre les parents de leur confier leur progéniture. Abder-rafih Tahiri-Jotei, secrétaire général de l’Association INSAF, les dénonce d’ailleurs comme étant : «des trafiquants illégaux d’enfants.» D’après Meriem Othmani, présidente d’INSAF, «Les fiches de l’association montrent qu’une grande partie des 450 mères célibataires que nous avons soutenues étaient d’anciennes petites bonnes.» Le constat est à ce sujet alarmant. Le drame concerne également ces milliers d’enfants qui squattent les rues des villes marocaines. Ils se retrouvent sans recours essentiellement face à un monde nocturne implacable. Plusieurs filles ont fait, d’ailleurs, leur apparition, ces dernières années, dans les rond-points et les carrefours des grandes villes. Elles sont des victimes toutes désignées. Mais montrer du doigt l’origine de ce problème n’est pas suffisant. Il s’agit maintenant d’activer les filtres nécessaires qui peuvent sauvegarder les enfants marocains des sévices. La scolarisation obligatoire peut jouer à cet effet un rôle déterminant.

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