Entre confiance et contrôle

La cour spéciale de justice a condamné, mardi, trois responsables à l’agence de la Banque Populaire à Ben Mellal et un client de ladite banque à des peines allant de deux à six ans de prison ferme pour détournement de fonds et dilapidation de deniers publics et privés.
La même Cour a condamné récemment à quatre ans de prison ferme deux responsables du Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH ) à El Jadida et un client de la banque pour dilapidation de deniers publics.
Toujours à El Jadida, le procès de sept employés et un client de l’agence de la Banque Commerciale du Maroc (BCM) d’El-Jadida, poursuivis pour détournement d’une somme de 22,6 millions de DH, a été de nouveau reporté lundi par le tribunal de première instance d’El-Jadida. L’affaire a été reportée à mercredi 15 janvier 2003, à la suite d’une requête de la défense demandant la convocation des témoins.
Des informations parmi d’autres tout aussi semblables et qui commencent à devenir de simples faits divers banals. Or il s’agit de détournements de l’argent d’autrui ou tout simplement d’une action individuelle de la part d’un ou plusieurs employés de banque qui s’approprient l’argent de leur agence et disparaissent dans la nature. Tous les établissements bancaires sont passés par là. L’on se souvient de ces opérations spectaculaires accomplies par des banquiers à Nador et Beni Nsar dont les montants respectifs sont de 81 millions de DH et 120 millions de DH. Le nom de l’établissement bancaire importe peu puisqu’ils ont tous connu des opérations dans le genre ( SGMB, BCM, BMCI, WAFABANK…). A Casablanca en l’an 2000, un détournement de 12 millions et demi de dirhams a eu lieu dans une agence bancaire puis un autre, la même année, d’un montant de 4 millions et demi. Même chose à Agadir avec la manne céleste de 36 millions de dirhams et six millions de dirhams à Tanger et ainsi de suite. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Mais le phénomène reste inexplicable pour le citoyen ordinaire qui se demande quelle mouche pique tout à coup un responsable ou un employé de banque pour qu’il de tels actes courant ainsi les risques d’emprisonnement et de perte de travail. D’abord tous les détournements ne se font pas de la même façon. Chaque intéressé met en place son propre plan en fonction du système d’information de la banque, en fonction de son poste, de son pouvoir et de son champ d’action. Une opération effectuée par un caissier n’est pas la même que celle perpétrée par un responsable ou un grand cadre. D’après un caissier de banque « Ce genre d’actes est à l’image de ce qui se passe en général dans d’autres secteurs.
Autrement dit, c’est cette sorte d’assurance de l’impunité qui fait germer la tentation chez le coupable. Il y en a même qui font un calcul minutieux entre la peine à purger, s’ils sont pris, et le montant détourné. Une somme colossale d’argent vaut bien quelques mois de prison, car à sa sortie il trouvera un solide capital pour recommencer une nouvelle vie. Combien gagnerait-il en travaillant les 18 mois qu’il passerait en prison ? » Cette argumentation est basée sur le fait que les employés de banque sont payés une misère et voient passer quotidiennement à travers leurs mains des millions en devises diverses. A voir les produits de luxe propagés dans notre pays qui connaît une crise économique et des difficultés dans le marché de l’emploi, il y a lieu de se dire que plus d’un banquier serait tenté. Il faudrait vraiment avoir des nerfs solides pour résister à la tentation, lorsque l’on est tout le temps débiteur alors qu’une simple écorchure d’encre peut transformer notre vie, même à quitte ou double.
Parfois, le coupable opère longtemps avant d’être découvert suite à une erreur minime ou à un excès de confiance en soi. En juillet 1999, une cliente d’une agence bancaire s’est présentée pour renouveler la souscription des bons de trésor à six mois qui arrivaient, selon elle, à échéance le 9/07/1999. Un employé de l’agence (en principe en congé à cette période) était de passage pour récupérer quelque chose, mais il a vite fait de s’occuper de la cliente en question avant qu’elle ne contacte quelqu’un d’autre. Il lui a remis un ordre de virement pour signature, sans préciser le montant à placer. Il s’est contenté de mentionner sur l’ordre un montant de 319 mille dirhams, qui ne reflète pas d’ailleurs le solde de son compte, majoré des intérêts de la précédente souscription sollicitée par la cliente en janvier 1999.
Cette attitude éveilla les soupçons de cette dernière qui s’est adressée, une heure après, au responsable pour lui préciser le montant exact de sa nouvelle souscription sur la copie d’ordre de virement. En interrogeant le compte de la cliente, le responsable a constaté une différence en moins de près de 100 mille dirhams.
En fait, la demande de souscription des bons de trésor à 6 mois n’a pas été exécutée et un retrait de 100 mille DH a été opéré le 12/01/1999 par le biais d’un chèque-guichet que la cliente a catégoriquement contesté. Les investigations ont permis de confirmer les contestations de la cliente, mais le pire, c’est qu’il s’est avéré que le coupable avait entamé ses détournements en 1996 en puisant sur les comptes de la clientèle par des virements émis sans support comptable, à destination de trois comptes ouverts aux noms de personnes proches et complices du coupable.
Cette catégorie de crime, dépend-elle d’une question d’éducation ou s’agit-il simplement de la tentation qui fait partie de la nature humaine ? Après tout, il faut reconnaître qu’il s’agit d’argent et même de beaucoup d’argent.

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