Espagne : La mauvaise foi des intellectuels

Espagne : La mauvaise foi des intellectuels

En novembre 2001, quelques jours après le rappel par le Maroc de son ambassadeur en Espagne pour consultations, ce qui signifiait le début d’une crise diplomatique sans précédent dans l’histoire des deux pays, des voix de certains penseurs marocains et espagnols s’étaient élevées pour dire que le problème entre les deux Royaumes est essentiellement d’ordre communicationnel.
Les deux pays ne se connaissent pas assez et doivent faire, chacun de son côté, un effort pour mieux comprendre l’autre, lisait-on dans des chroniques publiées dans certains journaux marocains et espagnols.
Les défenseurs de cette thèse estiment que les intellectuels des deux pays ont un rôle important à jouer dans le rapprochement des deux peuples notamment en créant une plate-forme de débat capable de démolir le mur d’incompréhension qui sépare les deux cultures et de mettre fin à plusieurs décennies de malentendus et de préjugés.
L’idée en elle-même est très intéressante. D’abord, parce que le problème de la communication est réel et à chaque fois que la tension monte entre les deux pays, on constate que les analyses qui se font de part et d’autre montrent une carence en matière de connaissance du voisin et ce à tous les niveaux. En plus, il est évident qu’en Espagne comme au Maroc, hormis quelques écrivains dont le nombre ne dépasse pas la dizaine, l’élite intellectuelle prend ses distances à chaque fois que des malentendus politiques éclatent entre les deux pays. Aussi, seuls se manifestent ceux qui ont une position radicale sur la question alors que les autres préfèrent, dans le meilleur des cas, adopter des positions neutres évitant ainsi de mettre en péril leurs relations personnelles et leurs intérêts individuels dans le pays d’en face. C’est notamment le cas pour les quelques intellectuels marocains ayant une culture hispanophone qui, au moindre soupçon de conflit, préfèrent s’éclipser et ne réapparaissent que lorsque les choses reviennent à la norme. C’est ce qu’ils ont d’ailleurs fait entre le 28 octobre 2001, date du rappel pour consultations de l’ambassadeur du Maroc à Madrid, et le 25 mars 2004, lorsque le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, se rendit en visite officielle au Maroc. Durant cette période, ils ont préféré entrer en hibernation et laisser faire le temps. De leur côté, les intellectuels espagnols ont du mal à s’émanciper des préjugés et des positions prêt-à-porter qui se sont enracinés dans la société espagnole depuis des siècles et qui se sont renforcées avec l’organisation de la Marche Verte qui a permis au Maroc de récupérer pacifiquement ses provinces du sud. Le régime franquiste qui a construit sa raison d’être autour de la nécessité de ressusciter l’Espagne des Rois catholiques, a fomenté durant les quatre décennies de sa dictature à la fois la peur et le mépris d’"El Moro" à l’image de ce que faisait la reine Isabelle la Catholique.
L’idée selon laquelle El Moro (le Marocain) est un agresseur et qu’il constitue une menace permanente s’est donc ancrée dans la société espagnole. Et ceux qui sont censés changer cette donne sont les intellectuels et les journalistes. Or, ces derniers ont un autre problème. En plus des préjugés communs à toutes les composantes de la société espagnole, sont imprégnés des idéaux qu’ils ont adoptés durant la période de la lutte contre la dictature de Franco. Ayant pour la plupart d’entre eux mené un combat politique pour la démocratisation de l’Espagne, ils ont considéré, au lendemain de la transition démocratique, qu’ils avaient l’obligation d’exporter leur expérience à tous les coins du monde notamment en Amérique latine et au Maroc.
Pour ce faire, ils n’ont pas trouvé mieux que d’adopter la thèse des séparatistes du Polisario et de faire de l’affaire du Sahara leur cause.
Outre ceux qui ont milité pour la démocratisation de l’Espagne, la période de la transition a vu naître une nouvelle génération d’intellectuels qui, nés sous la démocratie et n’ayant pas vécu le processus de la transition, ils ont voulu se forger une place parmi les défenseurs de la démocratie et ont, eux aussi, adopté la cause du séparatisme polisarien.
Partant de ce constat, il est difficile d’imaginer que les intellectuels espagnols puissent du jour au lendemain comprendre la réalité en ce qui concerne le dossier du Sahara marocain. Car, ils le regardent toujours d’une manière subjective et refusent toujours d’écouter le point de vue légitime du Maroc. Il suffit à ce propos de lire la réponse que certains d’entre eux viennent d’adresser à leurs collègues marocains suite à l’appel publié par ces derniers sur les colonnes d’El Pais pour se rendre compte qu’ils rejettent tout débat rationnel sur la question et qu’ils préfèrent camper sur des positions erronées que d’écouter le point de vue marocain car cela risque de les priver d’une fausse cause et d’un combat chimérique auquel ils ont lié leur existence.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *