Événement : « Rien n’est encore décidé »

ALM : M. Ramid, le résultat obtenu par le PJD est sans doute l’un des événements marquants des élections législatives. Quelle appréciation faites-vous de ce scrutin ?
Mustapha Ramid : D’abord, le résultat que nous avons obtenu est tout à fait normal et le succès ne nous surprend guère. Pour ce qui est de l’évaluation générale des élections législatives, je peux vous affirmer qu’il y a eu une certaine amélioration dans le déroulement du scrutin et du cadre juridique électoral.
Certes, l’évolution de la procédure électorale n’a pas encore atteint le niveau que nous espérons, mais il existe une très grande avancée qu’il faut reconnaître. Parmi les points négatifs, je citerais la non-révision du texte de loi relatif aux partis – qui constituent l’élément clef des élections, le fait que l’on se soit contenté de rectifier les listes électorales au lieu de les refaire entièrement et l’absence d’intervention des autorités dans certains cas de fraudes…
Par exemple ?
Il y a eu des cas de non-délivrance de procès- verbaux aux délégués de nos candidats dans certaines circonscriptions et le parti compte rendre public un bilan de tous ces dérapages dans les prochains jours.
De même que nous avons dénoncé avant le jour du scrutin le fait que des électeurs n’aient pas reçu leur carte d’électeur.
Mais j’insiste sur le fait que ces élections ont, d’une manière générale, été positives par rapport aux précédentes . Ainsi, on a constaté une très grande réduction du rôle de l’argent ce qui a permis aux partis structurés et ayant une certaine présence populaire d’obtenir des résultats positifs. Ceci à l’encontre des partis qui ont toujours basé leur stratégie électorale sur la présentation des notables et l’utilisation de l’argent et dont les résultats ont été médiocres. La preuve est que, dans le PJD, nous avons présenté des candidats qui n’étaient pas connus et qui ont obtenu leurs sièges, alors que certains partis ont présenté des figures célèbres de la vie politique et qui ont été battus.
Certains observateurs affirment que vous avez été indirectement soutenu par Al Adl Wal Ihssane et que c’est le vote des bases de ce mouvement qui vous ont permis d’obtenir un tel score électoral. Qu’en pensez-vous ?
C’est faux. Le mouvement d’Al Adl Wal Ihssane ne nous a soutenus ni directement ni indirectement. La preuve est que ses militants ne sont même pas inscrits sur les listes électorales puisque leur mouvement a pris la décision de boycotter les élections. En plus, il faut s’avouer que si le choix de participation réussit cela signifie automatiquement une défaite de l’option de boycott qu’ils prônent. C’est pour cela qu’ils ne nous ont jamais soutenu ni directement ni indirectement.
Mais on prétend que leur soutien a été sous forme d’un mot d’ordre passé discrètement à leurs militants…
Cela ne peut pas être vrai. Et même si c’était le cas, combien de voix auraient-ils pu nous faire gagner ? 50,000 au maximum ?
Croyez-vous que cela aurait changé quelque chose à la donne électorale ?
Par contre, je pense que le seul service involontaire qu’ils nous ont rendu est qu’ils ne sont pas descendus dans la rue pour appeler au boycott.
Vous avez présenté 56 listes locales sur 91 circonscriptions. Cette limitation a-t-elle été volontaire, négociée ou tout simplement due à un manque de candidats ?
Nous avons décidé de bon gré de réduire notre candidature à la couverture de 56 circonscriptions.
Cette décision, nous l’avions prise il y a très longtemps et je vous assure que c’est une décision qui a été prise à l’unanimité au sein du parti, sans qu’il y ait une intervention externe quelle qu’elle soit. En prenant la décision, nous avions convenu de faire prévaloir l’intérêt national sur l’intérêt partisan. Il est peut-être vrai que c’était aussi la volonté des autorités, mais je vous assure que personne n’est intervenu dans notre décision.
Et ce n’est pas la première fois que nous basions une prise de position sur « l’intérêt national ». Pour nous, c’est une question de principe. Je vous rappelle d’ailleurs qu’en 1998, nous avions décidé de soutenir le gouvernement de Maître Abderrahmane Youssoufi en partant du même principe. Car, à l’époque, l’intérêt du pays exigeait cette prise de position.
L’annonce des résultats des listes locales a permis de connaître les grandes lignes de la carte politique marocaine, ce qui a ouvert la voie aux spéculations sur l’éventuelle coalition gouvernementale. Quelles sont vos perspectives à ce propos ?
Les instances du parti ne se sont pas encore prononcées sur ce sujet et il est prématuré de prendre une décision.
Mais il existe plusieurs déclarations de membres influents de votre parti qui dénotent une prise de position. Abdelilah Benkirane a affirmé à un journal espagnol qu’il n’exclut pas la possibilité de participer au gouvernement aux côtés de l’USFP, alors que Dr Othmani dément cette éventualité. Qu’en pensez-vous ?
Il faut prendre en considération qu’au sein de notre parti, nous n’empêchons pas nos membres d’exprimer leur opinion personnelle sur les différents sujets qui intéressent l’opinion publique. Mais, leurs points de vue personnel ne peuvent nullement engager le parti.
En ce qui concerne la participation au gouvernement, nous respectons et nous défendons le principe constitutionnel selon lequel le Roi choisit et nomme le Premier ministre. Un choix qui devrait se faire selon les normes démocratiques dans les rangs du parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges.
Et tant que ce choix n’a pas encore été fait et que nous n’avons reçu aucune suggestion de la part des uns ou des autres, nous ne pouvons prendre de décision.

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