Examen de passage pour Jettou

La déclaration de politique générale, présentée par le Premier ministre jeudi 21 novembre devant les députés, a cassé les clivages politiques. En effet, il est difficile d’opposer des contre-arguments au contenu global de ce texte. Sauf à vouloir s’opposer en faisant de l’opposition systématique et verser dans les procès d’intention, les partis de l’autre côté de la barrière ne peuvent logiquement qu’applaudir au programme gouvernemental et lui souhaiter un bon démarrage. En effet, construire des routes et des autoroutes, résorber le problème des bidonvilles, réduire le poids de l’économie informelle… n’est pas un sujet de polémique partisan. De bout en bout de son discours qui a fait sensation, Driss Jettou, de sa voix déterminée et claire, sans effets de manche, ni ton ostentatoire, s’est fait l’interprète avec des mots simples des besoins du pays et de ses défaillances, de ses ambitions et de ses insuffisances.
Bien entendu, les différentes mesures contenues dans la déclaration du Premier ministre restent au stade de professions de foi tant qu’elles n’auront pas été mises en application. C’est dans l’action et sur le terrain que sera jugée la volonté réformatrice affichée par le nouveau gouvernement. Attendus au tournant plus que tous les cabinets qui se sont succédé au Maroc, Jettou et son équipe en sont conscients. Lourde charge, en effet. C’est pour cela qu’ils sont tenus à mettre en musique, doucement mais sûrement, à travers une gestion gouvernementale par objectif rigoureuse, les divers aspects de leur programme. Ceux parmi les ministres qui ne suivront pas le rythme, Driss Jettou, en maître d’oeuvre de la politique de l’exécutif et aussi, et surtout, en responsable qui engage sa propre crédibilité, fera sans états d’âme les réglages nécessaires en cours de route.
Au-delà de la bonne volonté des membres du gouvernement et de leur capacité à traduire en actes les résolutions du Premier ministre, celui-ci doit, pour réussir dans sa délicate mission, convaincre les différents partenaires (économiques, sociaux, syndicaux). Sans eux, toute velléité de changement est vouée à l’échec. Cependant, il convient de faire confiance à M. Jettou pour ce qui est des actions qui nécessitent des efforts financiers comme la mise à niveau des entreprises et la promotion de l’habitat social. Dans ces deux domaines en particulier, le chef du gouvernement, fort de son bon sens habituel, peut obtenir des résultats. Les difficultés risquent de surgir par contre quand il s’agira de mettre en oeuvre des réformes à caractère politique, notamment la réforme de l’administration et celle de la justice. Là, le gouvernement doit réfléchir sur un programme précis que le pays n’a jamais eu : comment rendre performant par des mesures concrètes et précises l’appareil administratif du pays. Tout le monde critique le rendement de cet appareil jugé négatif par rapport au budget qu’il consomme, mais aucun gouvernement n’a expliqué comment dépasser les maux dont il souffre. Faut-il organiser un redéploiement du personnel ou au contraire diminuer ses effectifs ? En un mot, il faut mettre le doigt sur les blocages et les carences et oeuvrer pour les corriger.
La justice, elle aussi objet de tous les griefs, est un chantier immense et complexe. Il s’agit comme le réclament les opérateurs économiques de mettre à niveau ce secteur et le rendre plus juste avec des procédures de jugement moins lentes.
À y regarder de plus près, la mise à niveau de l’administration et de la justice représente la clé de voûte de la réussite du contrat ambitieux du nouveau gouvernement proposé à l’ensemble des forces vives de la nation. Les problèmes majeurs du Maroc, notamment la promotion de l’investissement productif à même de générer la croissance, se trouvent plus que jamais à la confluence de ces deux travaux d’Hercule.

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