Filiation problématique

Les témoignages recueillis par l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP) au sujet du problème de la femme marocaine de transmettre sa nationalité sont poignants. Le travail de terrain accompli par Oum El Ghit Boussif, journaliste à la MAP a clairement démontré que les restrictions légales, qui laissent penser que la mère marocaine -par ailleurs une citoyenne à part entière- mariée légalement à un étranger est plus pénalisée que celle qui a un enfant de père inconnu, ne sont pas sans générer des situations pathétiques.
Saïda. L (commerçante) raconte son histoire: «Je suis mariée à un Koweitien. Au bout de quelque temps, mon mari est reparti chez lui pour travailler et -faire mes papiers,- mais il n’est plus revenu. Quand j’ai demandé le divorce, personne n’a voulu m’écouter en l’absence du mari».
«Aujourd’hui, j’ai 26 ans et ma fille en a deux, je n’ai aucun statut et elle n’a aucune «identité». On lui refuse la nationalité marocaine et elle ne dispose même pas d’un livret d’état civil. Je pense que si elle était de père inconnu, je n’aurai pas eu tous ces problèmes», confie-t-elle avec amertume à la MAP.
Les enfants de mère marocaine et de père étranger au Maroc sont traités comme des étrangers et soumis sur le territoire national aux formalités de la carte de séjour, renouvelable chaque année. La seule «gentillesse» que leur accorde la loi est de pouvoir demander, deux ans avant leur majorité, la nationalité marocaine auprès du ministère de la Justice, à condition d’être, au moment de la demande, résidents au Maroc. Par ailleurs, une confusion a été faite pendant longtemps entre religion et nationalité alors que l’Islam ne fait pas de distinction entre le national et l’étranger mais seulement entre le Musulman et le non-Musulman. Fatima A. 40 ans, fonctionnaire, confie avoir épousé, à 18 ans, un Français avec qui elle a vécu au Maroc où leur fils est né. «Mon fils est automatiquement devenu français. Au début, je pensais comme beaucoup de monde qu’il avait de la chance d’avoir la nationalité française. Aujourd’hui, il a 21 ans, j’ai divorcé de son père qui est reparti en France. Si j’ai mon fils avec moi, c’est parce que son père a bien voulu me le laisser», dit elle. Mais «mon fils reste un étranger au Maroc. Il n’a pas de carte d’identité, il a une carte de séjour, qu’il doit renouveler chaque année.
Il se rend de plus en plus compte de sa situation et la vit très mal. Moi-même j’ai mal pour lui et je me culpabilise en me disant que j’ai, peut être, fait le mauvais choix, et que mon fils est en train de payer», déplore-t-elle.
Le Maroc a ratifié et publié au Bulletin Officiel en 2001, la convention internationale relative à la lutte contre toute forme de discrimination à l’endroit des femmes, dont l’article 9 stipule que les parties signataires doivent permettre à la femme de donner sa nationalité à ses enfants (cet article avait fait l’objet de réserves de la part du Maroc).

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