Fuite en avant

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ALM : Alger a convoqué l’ambassadeur du Maroc pour lui demander des explications sur une déclaration imputée à un parti marocain. Cette démarche a-t-elle un rapport avec les problèmes de l’État algérien ?
Mohamed Moatassim : Les problèmes internes ont toujours constitué pour le pouvoir algérien une occasion pour chercher un bouc-émissaire ailleurs. Soit dans le mal colonial, c’est-à-dire la France, et très souvent, on pointe ce pays du doigt en tant qu’origine du mal et des problèmes de l’Algérie, soit le Maroc quand il s’agit des problèmes qui rentrent dans la stratégie de domination et d’hégémonie algérienne, ou alors des problèmes touchant à la déstabilisation intérieure de l’Algérie, comme c’est le cas pour le danger islamiste. Aujourd’hui, plus que jamais, le président Bouteflika est en train de jouer toutes ses cartes sous l’effet de pressions de toutes sortes, parmi lesquelles on peut citer la misère, le manque de logement, etc… La deuxième catégorie des problèmes porte sur la violence au quotidien qui n’en finit pas et qui constitue une sorte de lutte intérieure pour le pouvoir. Il y a également la pression électorale. Le président Bouteflika est aux abois parce qu’il voit le pouvoir lui glisser entre les doigts et lui échapper. Il a en face de lui quelqu’un qui dispose de la légitimité historique du FLN et des généraux. Comme cela se manifeste, à travers les déclarations récentes de Khalid Nezzar et ses critiques violentes à la personne du président et à son bilan, considéré comme catastrophique. Tout cela fait que le président est à la recherche, comme d’habitude, d’un foyer de diversion, qui est le Maroc, pour détourner l’opinion publique. Il sera, probablement, heureux de faire la guerre au Maroc.
Faut-il inscrire, dans ce cadre, la décision de convoquer l’ambassadeur du Maroc ?
Il n’est pas exclu que, dans ce cadre, on cherche à faire monter d’un cran la tension avec le Maroc. En convoquant l’ambassadeur du Maroc, Bouteflika essaye de médiatiser un faux problème ; sachant que l’opinion publique algérienne est friande de tout ce qui touche aux relations avec le Maroc.
Quel intérêt de polémiquer autour de territoires marocains annexés par l’Algérie ?
Tout le monde sait qu’il s’agit de Tindouf, Touat, Qnata et Colombe Bechar. Ce n’est un secret pour personne que ces territoires ont fêté l’indépendance du Maroc en 1956. Mieux que cela, jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, ces citoyens faisaient la prière au nom du Sultan du Maroc. Pendant la guerre de libération de l’Algérie et devant l’élan de solidarité et de mobilisation du peuple marocain aux côtés du peuple algérien, puisque même les éléments de l’Armée de libération ont rejoint les rangs du FLN au point que la France coloniale avait exprimé de vives inquiétudes à feu Mohammed V pour le soutien à la lutte algérienne. La France avait, alors, proposé à Mohammed V de reprendre ces territoires marocains contre l’abandon de la lutte algérienne, mais, Mohammed V avait décliné cette offre en disant que les deux peuples frères le règleront après l’indépendance de l’Algérie. Cet état de choses a été confirmé par les réunions périodiques tenues entre le Maroc et le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne). La fameuse conférence de Tanger en 1958, réunissant l’Istiqlal, le GPRA et le Destour tunisien, était la parfaite illustration de cet état d’esprit. Cela pour dire combien le Maroc a toujours cru dans un règlement global des problèmes territoriaux, dans le cadre rêvé de l’Union du Maghreb arabe.
Mais les positions algériennes hostiles au Maroc se sont dévoilées au fil des ans…
Après le coup d’Etat de 1965 en Algérie, le problème du Sahara a été soulevé pour éviter que le Maroc ne récupère les territoires précités. Suite au sommet d’Ifrane de janvier 1969 regroupant les défunts Hassan II, Houari Boumediene et Mokhtar Ould Dadda, et au sommet de Tlemcen en mai 1970, feu Hassan II, dans un souci de bénéficier du soutien de l’Algérie et de la Mauritanie dans l’affaire du Sahara, a cru utile de renoncer aux revendications de la souveraineté marocaine sur les territoires précités. Malheureusement, l’Algérie n’a pas tenu compte de ces concessions et a renié ses engagements dans ce sens. Car, lors du 7ème sommet arabe, tenu à Rabat en 1974, feu Boumediene avait fait une déclaration qui se passe de tout commentaire, notamment, en annonçant que « nous sommes avec le Maroc et pour la libération de chaque parcelle de terre, non seulement au Sahara occidentale, ou au Sahara encore sous domination espagnole, mais également Sebta et Mellilia et toutes les îles encore sous domination espagnole».
Maintenant que les choses sont ainsi, comment en voyez-vous l’issue?
L’issue de tout cela c’est que l’Algérie devienne un pays démocratique. Car seule la démocratie peut amener des femmes et des hommes en mesure d’intégrer la donne maghrébine dans la stratégie de développement de leur pays. La seule issue est le retour à l’UMA, en tant qu’ensemble économique, démographique, culturel et social, crédible comme interlocuteur, aux yeux de l’Europe.

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