Gestion communale : le système de l’unité de la ville est-il une source de blocage ?

Gestion communale : le système de l’unité de la ville est-il une source de blocage ?

Une semaine houleuse au Conseil de la ville de Tanger. Le jeune maire de la ville, Samir Abdelmoula, a fini par présenter, mercredi 20 octobre, sa démission de la présidence du Conseil de la ville de Tanger. La gestion faite par M. Abdelmoula des affaires locales de cette ville a été assaillie de critiques. D’ailleurs, les autres maires du Maroc, à l’exception de la maire de Marrakech, Fatima Zahra Mansouri, membre du PAM, ne sont pas en reste. Hamid Chabat à Fès, Mohamed Sajid à Casablanca, Noureddine Lazrak à Salé et Fathallah Oualalou à Rabat sont dans l’œil du cyclone depuis quelques temps. Face à ce constat et en liaison avec le volet juridique de cette question, les observateurs de la scène politique nationale se posent la question de savoir si le système de l’unité de la ville constitue une source de blocage ? Certes, ce système, mis en place par la loi 00-78 du 3 octobre 2002 portant réforme de la Charte communale, s’est assigné pour objectif de mettre fin aux dysfonctionnements révélés par la pratique de la gestion locale en réalisant l’amélioration du système de gouvernance locale et la consolidation de l’unité de la ville, mais n’a-t-il pas montré ses limites au bout de huit ans d’application ? Les réactions recueillies par ALM auprès des observateurs pointent du doigt l’application de la loi par les partis politiques et non le cadre juridique offert par la loi de 2002. Selon eux, la gestion faite par les formations politiques des conseils de la ville a vidé le système de l’unité de la ville de sa substance. «On ne peut rien reprocher au cadre juridique régissant le système de l’unité de la ville, l’inconvénient est d’ordre purement politique. Quatre principaux facteurs expliquent les problèmes que connaissent actuellement les conseils de la ville», explique le politologue Mohamed Darif. «Le premier facteur étant l’absence d’une homogénéité au sein des majorités dirigeant les conseils. Ainsi, à l’exception de Chabat qui avait réussi à avoir une majorité confortable lors des Communales, les autres villes connaissent ce problème. Ceci se répercute directement sur la qualité de gestion du Conseil, étant donné que les partis formant la coalition restent otages de calculs étriqués», souligne-t-il. «Le deuxième facteur concerne la fragilité de l’engagement politique chez certains conseillers qui n’hésitent pas à quitter leurs partis pour rejoindre d’autres, portant ainsi atteinte à l’équilibre de la coalition dirigeant le conseil. La culture du butin, troisième facteur, fait que certains conseillers cherchent des profits personnels et à avoir des privilèges au détriment de l’intérêt général. Le quatrième facteur c’est que l’autorité locale, animée par des calculs qui lui sont propres, exerce une tutelle qui nuit à la gestion du Conseil de la ville. Ce sont ces quatre facteurs d’ordre politique qui expliquent les problèmes et les blocages qui marquent certains Conseils de la ville», ajoute M. Darif. «Un autre problème avec ce système c’est que certains maires s’attachent à exercer toutes les prérogatives qui leur sont confiées par la loi refusant de les déléguer à leurs collègues ce qui traduit une consécration d’une pratique centralisée au sein d’un système de décentralisation», précise ce politologue, indiquant que ces problèmes, qui sont d’ordre politique et sont liés à la qualité des élites locales, ne portent pas seulement atteinte au système de l’unité de la ville, mais ils menacent aussi le projet structurant de la régionalisation élargie. Même son de cloche est relevé chez Saïd Jafri, professeur universitaire. «Nous constatons que la formation des majorités pose de nombreuses difficultés pour l’unité de la ville. Il est clair aujourd’hui que les majorités chargées de gérer les villes ne sont pas homogènes. Ce que rapporte la presse quotidiennement à propos des problèmes que connaissent des villes comme Tanger dont le maire a démissionné en dit long à propos de ce constat», explique-t-il (voir entretien page 5). Il ne faut pas perdre de vue que de nombreux partis politiques, dont le PAM, avaient appelé à la suppression du système de l’Unité de la ville en perspective de la mise en place de la régionalisation avancée. A en croire ces formations politiques, l’Unité de la ville serait en déphasage avec les nouvelles exigences du chantier structurant et fondateur de la régionalisation élargie, dont la Commission consultative sur la régionalisation (CCR) remettra une conception au Souverain dans deux mois.


Les six grandes villes du Maroc qui appliquent le système de l’unité de la ville
 • Samir Abdelmoula :
À peine un an après son élection à la tete du Conseil de la ville de Tanger, Samir Abdelmoula (PAM) a présenté, mercredi 20 octobre, sa demission. La gestion de la ville par M. Abdelmoula a fair l’objet de nombreuses critiques. Pour le PAM, la problématique de gestion du conseil est le fait de calculs politiciens qui ont paralysé «la cohésion de la majorité, et de pressions exercées par des lobbyings financiers, en complicité avec certaines parties, en vue de résister au changement intervenu au niveau de la présidence du conseil». Grande métropole du pays, Tanger reste confrontée à de sérieux problèmes de gestion.
 • Hamid Chabat :
Se basant sur une assise électorale confortable et détenant un syndicat influent (UGTM), Hamid Chabat, maire de Fès, dispose d’un pouvoir de plus en plus grand. Mais, sa gestion du Conseil de la ville de Fès est fortement critiquée. Ce membre influent du parti de l’Istiqlal a géré les divers problèmes que connaît la capitale spirituelle du Maroc dont l’insécurité, l’habitat insalubre et les maisons menaçant ruine. Des dossiers sur lesquels Hamid Chabat reste défaillant. Depuis son arrivée à la tête du Conseil de la ville, Fès n’a pas connu de grands changements et les problèmes ne cessent de s’accumuler.
 • Fatima Zahra Mansouri :
À l’exception des autres maires, Fatima Zahra Mansouri, maire de Marrakech, gère les affaires locales de la ville ocre dans la sérénité. Après le départ de Samir Abdelmoula, cette jeune maire est la seule maire du Parti Authenticité et Modernité (PAM). À son arrivée à la tête du Conseil de la ville de Marrakech, Fatima Zahra Mansouri est passée par des moments difficiles. Aujourd’hui, elle doit gérer une ville qui grandit jour après jour et sur laquelle le pays mise pour attirer plus de touristes. L’unique femme maire est la seule qui évolue dans un Conseil de la ville loin des polémiques qui marquent les autres mairies.
 • Noureddine Lazrek :
Noureddine Lazrak (RNI), président du Conseil de la ville de Salé, est poursuivi en justice par son prédécesseur, Idriss Sentissi (MP), pour diffamation et mauvaise gestion. L’opposition reproche notamment au Conseil de la ville la mauvaise gestion du secteur de l’assainissement ainsi que les problèmes de transport urbain, en particulier les lignes desservant les quartiers populaires, et ceux liés à l’habitat anarchique, aux bidonvilles et à la non-valorisation de l’ancienne médina de Salé. À citer aussi les problèmes chaotiques du marché de gros des légumes et l’abattoir de la municipalité, sans oublier les problèmes d’insécurité.
 • Fathallah Oualalou :
Il y a quelques semaines, Fathallah Oualalou, membre du bureau politique de l’USFP et président du Conseil de la ville de Rabat, a fait l’objet d’une tentative de putsch. L’opposition, menée par des membres du MP et du PAM, veut que le maire de la ville éjecte les conseillers islamistes de la majorité. La capitale du pays reste bloquée par des calculs politiciens qui l’empêchent d’avancer dans ses projets et donner l’image d’une capitale moderne qui accompagne les ambitions du pays. Rabat reste confronté aux problèmes liés à la salubrité, à la gestion du ramassage d’ordures, au transport urbain.
 • Mohamed Sajid :
Huit ans après la mise en place de l’unité de la ville, le tableau de la gestion du conseil de la ville de Casablanca est peu reluisant. Mohamed Sajid (UC) fait face à un Conseil marqué par une forte opposition et une majorité qui manque de cohérence. À Casablanca, l’état des routes et par conséquent celui de la circulation, le mauvais entretien des espaces verts, les quartiers pauvres délaissés constituent des problèmes visibles. Et l’on pointe du doigt les dysfonctionnements dans la gestion quotidienne des affaires de cette métropole. On note aussi le déficit et un retard au niveau de la réalisation d’infrastructures et de grands projets.

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